‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 151 sur 333 · A Moultou, 21 mars · texte numérisé non relu

A Moultou, 21 mars

de ses projets et où il lui faisait espérer son retour prochain, il lui dépeignait ses compatriotes sous des couleurs si déplaisantes que sa description seule aurait dû suffire pour éloigner à jamais Rousseau des lieux qui l'avaient vu naître.

(* Je ne connais point de peuple, lui éci'ivail-il, qui ail plus de passion pour l'argent et qui soit moins sensible à la gloire : ils n'ont jamais senti combien vous les honorez. Superstitieux ou vains, ils vous craignent ou vous blâment; ils n'ont pas assez de lumières pour apprécier votre conduite, ni assez de vertu, pour l'approuver. Un Hume même, qui du fond de l'Angleterre vous élève au-dessus de tout ce que l'Europe admire, et croit honorer Montesquieu en vous plaçant à côté de lui, ne les fait point revenir de leur stupide hébétement', mais si vos compatriotes sont des sots, mon très cher concitoyen, s'ils ne vous rendent pas ce qu'ils vous doivent, ce n'est pas à dire que vous ne leur deviez beaucoup; la patrie n'est pas pour vous un mot vide de sens; honorez-la donc en ménageant des imbéciles dont vous devez avoir pitié, et pour en venir à des extrémités, attendez qu'ils aient poussé la méchanceté à son comble ^ »

Ainsi, Rousseau et Moultou méprisaient à l'envi les Genevois. Comment, avec une opinion aussi fâcheuse de ses concitoyens, le philosophe faisait-il tant d'efforts pour rentrer au milieu d'eux?

Milord Maréchal, auquel il avait communiqué ses

1. Inédite. 11) mars 1763. M. Sireckeisen-Moultou a cru devoir supprimer tout ce passage. Nous le rétablissons d'après les autograplies de Neufchâtel.

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