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VOLTAIRE ET ,l.-,l. ROUSSEAU 299
point tenus; eommo ils cliorchent à me rendre odieux en jetant des doutes sur ma n^ligion que j'aime pourtant plus que ma vie, vous seriez saisi d'horreur sans en être surpris'. ))
Et quand le malheureux Moultou, abreuvé de chagrins, écrit encore : « ce pays m'est devenu tout à fait insupportable, les seules gens avec qui je pourrais vivre m'estiment et m'abiiorrent, il faut donc en changer, » Jean- Jacques, au lieu de prendre part à ses tristesses et de soutenir dans ses épreuves l'homme qui s'est dévoué et sacrilié pour lui, ne trouve à lui répondre que ces paroles brutales : « Vous songez à changer de pays, c'est fort bien fait à mon avis, mais il eût été mieux encore de commencer par changer de robe, puisque celle que vous portez ne peut plus que vous déshonorer^. »
C'en était trop. Abandonné de sa compagnie, de ses amis, maltraité par celui à qui il avait tout donné, Moultou se replia sur sa douleur, et cessa toute correspondance avec Jean-Jacques.
A ce propos, Tronchin écrivait à Vernes :
(( L'eussiez-vous cru? Moultou et Rousseau sont brouillés.... Moultou lui a tout sacrifié et le barbare s'en rit. Moultou, comme vous le pensez bien, est outré, mais c'est encore un secret que je vous confie. N'en plaisantons pas, chacun a son tour dans ce monde". »
i. 15 avril 17G3.
-'. Dans la Correspondance générale cette lettre est datée de Motiers, 15 octobre 1704; c'est une erreur, elle est d'octobre 1763. Moultou se réconcilia avec le philosophe un an plus tard.
7). Inpflite. 176"..
Il ne suffisait pas que Rousseau éprouvât pour Voltaire la plus vive antipathie, des âmes charitables ne manquaient pas à l'occasion d'exciter l'un contre l'autre les deux philosophes.
En 1765, Jean Lefranc de Pompignan^ évêque du Puy en Yelay, publie V Instruction pastorale, qui s'attaque à tous les philosophes, mais Voltaire et Rousseau sont plus particulièrement vises-. L'auteur s'ingénie à irriter le patriarche, en le traitant comme un adversaire sans conséquence alors qu'il regarde Jean-Jacques comme un homme de premier talent et bien plus dangereux. « Voltaire, dit à peu près l'évêque, n'est qu'un poète, il fait assurément de beaux vers, mais il n'a ni force dans les raisonnements, ni enchaînement dans les idées. Qu'il est loin de la profondeur de Jean-Jacques ! » On peut deviner facilement l'agréable impression qu'éprouva le châtelain de Ferney à la lecture de ce parallèle.
L'évêque se montre encore plein de modération, vis-à-vis d'un homme aussi respectable que Rousseau et qui a si vite et si bien dit leur fait aux vrais philosophes : « Le fameux J.-J. Rousseau, écrit-il avec onction, mérite une exception particulière parmi les modernes ennemis du christianisme. 11 connaît mieux que personne les prétendus philosophes de nos jours; et c'est
1. C'était le frère de Simon Lefranc de Pompignan, célèbre par ses démêlés avec Voltaire.
2. Rousseau pour son Kniile eL Voltaire à propos de son poème sur la Heligion naturelle.
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sans doute parce qu'il les a trop bien couuus, qu'il ne veut avoir de commun avec eux, ni le nom qu'ils altectent, ni les principes qu'ils débitent. »
Jean-Jacques, de son côté, extrêmement flatté d'être glorifié aux dépens de son ennemi, se confond en éloges sur le prélat : « De tous mes antagonistes, le plus modéré, celui que je respecte le plus, c'est monsieur l'évoque du Puy; voilà du moins un homme qui parle sincèrement. Il expose presque toujours mes sentiments avec toute la fidélité possible; quoiqu'il ne m'ait pas compris partout, j'ai été véritablement édifié de sa charité et de sa bonne foi'. » Et il est tellement enthousiasmé de l'/nslruclion pastorale^ qu'il écrit à Rey pour l'engager à imprimer cet écrit, l'assurant qu'il en trouvera facilement le débit".
Voltaire riposta par les Lettres d'un Quaker aux malices de M. de Pompignan.
Peu de temps auparavant le patriarche avait publié à propos des Calas son Traité sur la Tolérance. Ses eiforls persévérants en faveur de cette famille injustement frappée lui conquirent beaucoup de sympathies : « Il s'est si bien conduit dans toute cette affaire, écrit Mlle de Bondeli, que depuis lors il s'est réconcilié avec tout Genève. »
On peut s'étonner que Uousseau ait laissé à Voltaire le soin de prendre la défense des protestants de France, dont le sort était si misérable. Comment lui,