mars 17Gi. Bossclia, Amsterdam
protestant, descendant d'émigrés, nouvellement rentré dans la religion de ses pères, ne s'est-il pas, avec le zèle d'un néophyte, posé comme le champion de ses coreligionnaires opprimés? C'était là un beau rôle, qui lui eût fait honneur! s'il le laissa à son ennemi, ce ne fut pas faute cependant de sollicitations. Dès 1761, un certain M. Ribotte, commis dans un magasin de Montauban, lui écrivait pour lui faire part de l'arrestation de M. Rochelte, ministre de l'Église, et le prier d'écrire en faveur des protestants; mais il avait la maladresse de faire intervenir Voltaire, ce qui ne put que nuire à sa supplique :
« Vous qui avez fait un si beau projet d'une paix perpétuelle pour les royaumes, écrivait Ribotte, vous devriez en faire un pour les conciences : peut-être le ministère serait plus tolérant.... M. de Voltaire pourrait encore parler pour nous.... Je lis avec un plaisir infini vos ouvrages.... J'aime aussi infiniment ceux de M. de Voltaire.... J'ai eu l'honneur d'écrire à M. de Voltaire pour qu'il ait la bonté de s'intéresser pour nous '\... »
Jean-Jacques resta sourd aux supplications, de ces infortunés. Le pasteur Rochette fut exécuté, et trois gentilshommes verriers du comté de Foix subirent le même sort pour avoir simplement voulu le sauver.
En 1764, les protestants firent de nouveau appel à Rousseau, mais sans plus de succès.
1. Bulletin (le la Société de l'Histoire du protcstatitisme français, tome IV, p. 544.
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Le philosophe écrivit à M. de Pourtalès qui s'était fait rinicrprcte de leurs supplications* :
« Je n'avais pas alloiuUi los exhortations des protestants de France pour réclamer contre les mauvais traitements qu'ils essuient; ma lettre à Mgr l'archevêque de Paris porte un témoignage assez éclatant du vif intérêt que je prends à leurs peines. Quel gré m'en ont-ils su? L'on dirait que cette lettre, qui a ramené tant de catholiques, n'a fait qu'achever d'aliéner les protestants, et combien d'entre eux ont osé m'en faire un nouveau crime ! Comment voulez-vous, Monsieur, que je prenne avec succès leur défense, lorsque j'ai moi-même à me défendre de leurs outrages? Opprimé, persécuté, poursuivi chez eux de toutes parts comme un scélérat, je les ai vus tous réunis pour achever de m'accabler. Si je continuais à plaider leur cause, ne me demanderait-on pas de quoi je me mêle? Ne jugerait-on pas qu'apparemment je suis un de ces braves qu'on fait combattre à coups de hâtons?
« Vous avez bonne grâce à venir nous prêcher la tolérance, « me dirait- on : tandis que vos gens se montrent plus intoléu rants que nous, votre propre histoire dément vos principes, K et prouve que les réformés, doux, peut-être quand ils sont « faibles, sont très violents sitôt qu'ils sont les plus forts. (( Les uns vous décrètent, les autres vous bannissent, les « autres vous reçoivent en rechignant. Cependant, vous vou- (( lez que nous les traitions sur des maximes de douceur « qu'ils n'ont pas eux-mêmes ! Non, puisqu'ils persécutent, ils u doivent être persécutés; c'est la loi de l'Évangile qui « veut qu'on fasse â chacun comme il fait aux autres. Croyez- « nous, ne vous mêlez plus de leurs affaires, car ce ne sont