‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 18 sur 333 · lO septembre · texte numérisé non relu

lO septembre

VOLTAIRE ET J.-.I. i;()i;sSEAC 45

Jusqu'à présont les rolalions des deux pliilosoplies sont restées très correctes. II n'y a toujours eu de la pari de Voltaire qu'une grande courtoisie; Jean- Jacques, de son cùlé, bien ([ue légèrement agressif, a comblé le patriarche d'éloges presque exagérés. Ces bons rapports vont s'altérer rapidement et faire place à une hostilité déclarée.

Les Genevois n'avaient pas oublié la promesse que Rousseau leur avait faite de venir habiter parmi eux, et ils le sommaient affectueusement de tenir sa parole, mais le Citoyen, comme il aimait à se désigner luimême, restait sourd à leurs supplications. Autant quelques mois auparavant il désirait rentrer à Genève, autant maintenant il voulait s'en tenir éloigné. Quelle était donc la cause de ce changement subit?

Fallait-il l'attribuer, comme on l'a dit, au peu de succès de sa récente dédicace à la République? Nous ne le croyons pas. La cause véritable de ce brusque revirement fut la présence de Voltaire aux Délices. Dès que Rousseau vit installé dans sa patrie cet astre éblouissant, il CMiiprit bien qu'il n'y tiendrait plus le premier rang comme il s'en était flatté, il se vit éclipsé sur son propre terrain et il en conçut un incommensurable dépit. Il a eu, dans les Confessions, la franchise d'avouer les motifs qui le tinrent éloigné de sa patrie :

« Une chose qui aida beaucoup à m'y déterminer, dit-il, fut \ / rétablissement de Voltaire auprès de Genève. Je compris que

cet hommt' y ferait révolution : que j'irais retrouver dans ma patrie le ton, les airs, les mœurs qui me chassaient de Paris, qu'il me faudrait batailler sans cesse, et que je n'aurais d'autre choix dans ma conduite que celui d'être un pédant insupportable, ou un lâche et mauvais citoyen K )>

Aussi ne veul-il plus entendre parler de retourner à Genève. Lui qui écrivait au pasteur Moultou : « C'est à force de vivre parmi des esclaves que j'ai senti tout le prix de la liberté! Que vous êtes heureux de vivre au sein de votre famille et de votre pays, d'habiter parmi les hommes et de n'obéir qu'aux lois, c'est-à-dire à la raison!* » lui qui détestait Paris, ses mœurs, ses usages, se dérobe aux instances de ses amis et s'obstine à repousser cette terre de liberté qui lui tend les bras.

Mais qu'allait-il devenir, ayant pris Paris en aversion profonde, où allait- il se fixer?

« Mme d'Épinay, raconte Griram, ayant dans la forêt de Montmorency une petite maison dépendante de sa terre, Piousseau la persécuta longtemps pour se la faire prêter, disant qu'il ne lui était plus possible de vivre dans cet horrible Paris et qu'il ne pouvait désormais avoir d'autre asile contre les hommes que les bois et la solitude ''. »

Mme d'Épinay, dès qu'elle connut le désir du Citoyen, s'empressa de le satisfaire, et elle lui offrit à l'Ermitage une hospitalité large et généreuse. 11 l'accepta et en

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