I . Œuvres du comte d'Escliernv
bien innocente, prétendait à une insomnie permanente, comme à un état habituel d'infirmité et de souffrance. )>
Meister, qui le vit en 1764, a laissé sur ses entrevues avec lui ce curieux récit :
« Je m'attendais à voir en lui un homme accablé de fatigues et de souffrances, et je vis au contraire l'homme le plus enjoué, et en apparence le plus vigoureux. 11 avait un habit gris à l'arménienne, et un bonnet de la même couleur garni de fourrure. vSon teint est fort basané; ses yeux sont noirs; le blanc en est d'un éclat éblouissant;... quand son âme n'est pas agitée, son regard est tout à fait doux; mais quand elle s'enflamme toute son ardeur s'épanouit dans ses yeux : son regard devient aussi pénétrant que l'éclair; il parle avec cette rapidité harmonieuse, avec cette élégance, avec cette précision qu'on ne se lasse pas d'admirer dans ses ouvrages....
« Lorsque nous vînmes le prendre pour nous promener avec lui, comme il nous l'avait permis le matin, il nous dit avec cette politesse qui lui est propre : « Messieurs, je « compte vous épargner ; je ne vous conduirai pas dans mes « promenades difficiles; je ne vous mènerai que par les « sentiers les plus aisés. » Notez que ces sentiers étaient surdes montagnes très rudes et des rochers fort escarpés'.... »
Malgré la vie relativement fort agréable qu'il menait à Moliers, Jean-Jacques n'était pas satisfait; ses démêlés avec le Consistoire de Genève lui faisaient désirer ardemment de s'éloigner et de trouver un nouveau refuge où il n'eût plus à s'occuper de toutes ces tracasseries