décembre 1764. Rousseau, ses amis et ses ennemis
illustre, vous êtes persécuté, mais n'avez-vous pas dû vous y attendre? tout novateur, Socrate même ne l'a-t-il pas été? vous avez plus de droit de l'être, Monsieur!... Genève même vous rejette, Genève un jour s'honorera de vous et nos descendants la verront pleurant sur votre mausolée et détournant les yeux d'un bûcher, offrir à l'instruction de l'univers cette inscription gravée à ses pieds : Luget et monet. Celte prophétie est aussi sûre que votre gloire, que ne puis-je rapprocher les temps/ ! »
Cependant, malgré son délire admiralif, Moultou luimême ose exprimer un doute : « Dieu seul sait, dit-il à son ami, si vous effacerez un jour ce livre avec vos larmes ou si votre patrie vous devra des autels. » Terrible question que le pasteur n'ose résoudre.
Rousseau sentait très bien les dangers de son ouvrage, aussi prétendait-il ne l'avoir écrit que sous le coup d'une impérieuse nécessité, contraint et forcé, uniquement à la sollicitation pressante de ses concitoyens qu'il ne pouvait abandonner après les avoir mis dans l'embarras. Toutes ces raisons n'étaient qu'une mauvaise défaite; les représentants comptaient si peu sur sa réponse qu'eux-mêmes en avaient préparé une. Mais le philosophe, depuis 1762, avait conservé contre le Conseil et le clergé de Genève une animosité que rien n'avait apaisée; il s'était promis à plusieurs reprises de leur faire chèrement expier leur conduite à son égard, il avait simplement tenu parole.