‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 201 sur 333 · A Gauffecourt, 12 janvier · texte numérisé non relu

A Gauffecourt, 12 janvier

C'est le 7 février qu'eut lieu cette imposante démarche.

« Il n'y a pas dans nos annales, écrit Moultou à Jean- Jacques, une journée aussi mémorable que celle de jeudi, c'est un chef-d'œuvre de politique et une chose sublime. Que votre nom va grand à la postérité !.... / « 0 mon ami, avec quel attendrissement j'allai appuyer

/ des représentations qui n'étaient qu'nn hommage que mille ■ / citoyens rendaient à votre patriotisme. Vous avez eu la cou-

ronne des martyrs, la couronne civique vous était due et chaque cœur vous la donnait; joignez-y à présent celle des triomphateurs; onze cents citoyens l'ont posée jeudi sur votre tête*. ))

Mais le Conseil, séduit par cette réunion apparente de tous les citoyens, crut que tout ferment de discorde avait disparu et il n'hésita plus, par une déclaration en date du 12' février, à flétrir les Lettres de la montagne, « ce livre enfanté par le délire de la haine" ». 11 le déclara indigne d'être brûlé par la main du bourreau, assurant qu'on ne pouvait y répondre sans se déshonorer.

« Bon Dieul où en sommes-nous? écrit Moultou consterné, mon sang bout dans mes veines, mon cœur se soulève, et je n'ai pas d'expression pour peindre ma douleur et mon désespoir. Voilà donc cette paix sur laquelle nous avions compté! Mais que faire! si nous répondions, les choses seraient poussées à l'extrême; dire peu serait ne rien dire,

i. \7> février 1765. Streckeisen-Moultou . 2. Cornuaud..

VOLTAIRE KT .I.-J. UOrSSEAU 359

fout (lire serait g'Mov tout. Il faut donc alteiuiro. Qu'il eu coûte! car comment êtcs-vous traité M »

En apprenant ces événements (pii mettaient à néant toutes ses espérances, Rousseau éprouva la plus cruelle déception.

« Vous avez su sans doute, mande-l-il avec colère à Lenieps, la jonglerie de votre Conseil. Dix-neuf de ses meml)res se sont prétendus déshonorés dans mes écrits, ils ont en conséquence menacé de se démettre de leurs emplois, si les citoyens et bourgeois n'allaient, la corde au cou, crier miséricorde ; vos citoyens sont trop bêtes pour ne l'avoir pas fait. Ils sont comme Georges Dandin, qui remercie sa femme de l'honneur qu'elle lui a fait d'être cocu-. »

Il déclara aussitôt qu'il ne voulait plus avoir aucun

rapport ni avec Genève, ni avec les Genevois.

« Pour moi, écrit-il à de Luc, le 24 février 17G5, je prends le seul parti qui me reste, et je le prends irrévocablement. Puisqu'avec des intentions aussi pures, puisqu'avec tant d'amour pour la justice et pour la vérité, je n'ai fait que du mal sur la terre, je n'en veux plus faire, et je me retire au dedans de moi. Je ne veux plus entendre parler de Genève, ni de ce qui s'y passe. Ici finit notre correspondance. Je vous aimerai toute ma vie, mais je ne vous écrirai plus. ï>

Il conseillait en même temps à ses amis le calme et la résignation, mais, fidèle au système qu'il avait ton- / J jours suivi, il la leur présentait de telle façon que sa

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