A Damilavillc, 4 janvier t70j
YOLTAIUK Kl .l.-,l. IlOLSSEAU 569
cieiix, il travaillo sans cesse à dos ouvrages répréhensibles, contre la religion et les mœurs, puis, quand on le chicane, il crie comme un beau diable et sacrifie tout pour se tirer d'affaires. Pendant son séjour à Berlin il m'adressa des satires contre feu M. de Maupertuis, qu'il me fil prier ensuite par le colonel Porta de ne pas publier, y allant, me disait-il, de la vie d'un homme; je n'en ai fait aucun usage. Ce qu'il a fait avec moi, il peut l'avoir fait avec cent autres et tout le monde s'en plaint, l'admire et le mésestime. Je suis persuadé qu'il fera tout ce qui sera en son pouvoir pour nous nuire, ne fût-ce que pour se venger de ce que vous avez dit, sur son chapitre des Juifs et Sernwii des cinquante qu'il donne à feu la Mettrie. Les grands de la terre le craignent et font pour lui des démarches qu'ils ne feraient pas pour d'autres, S. M. prussienne lui fait payer des pensions et n'a plus aucune liaison avec lui, M. de Praslin l'oblige aussi'.... m
Quand le passage des Lettres de la montagne qui concernait Voltaire fut connu, tout le monde trembla pour Jean-Jacques. Il était bien certain qu'une pareille offense ne resterait pas impunie.
D'Alembert, effrayé, se préoccupa aussitôt de la riposte et il essaya de conjurer l'orage en exhortant son ami au calme et à la modération :
« Au nom de Dieu, mande-t-il à Voltaire, si vous lui répondez, ce qui n'est peut-être pas nécessaire (du moins c'est le parti que je prendrais à votre place), répondez-lui avec le sang-froid et la dignité qui vous conviennent. H me semble que vous avez beau jeu. ne fût-ce qu'en opposant
1. Inédile. Rey à Rousseau. BiblioUiéqiie de Neufchàtel, Mss.
570 VOLTAIRE ET J.-J, ROUSSEAT
aux horreurs qu'il dit aujourd'hui de sa patrie tous les éloges qu'il eu a faits, il y a quatre ou cinq ans, dans la dédicace d'un de ses ouvrages', sans compter son petit procédé avec moi, à qui il a donné tort et raison, selon que ses intérêts l'exigeaient-.. .Ce n'est pas la première fois qu'il se contredit; mais il souffre, il est malheureux, il faut bien lui passer quelque chose. Il faut dire de lui comme le Régent disait d'un homme qui prenait force lavements à la Bastille : il n'a que ce plaisir-là '\ »
Ces sages conseils ne liront pas grand effet à Ferney.
Bientôt parut un acte d'accusation en forme contre les Lettres de la uiontagnc. Il ne portait point de nom d'auteur; Jean-Jacques était formellement convaincu d'incrédulité, d'impiété et de blasphème. Tous les passages délictueux contre la religion, les pasteurs, les magistrats, étaient soigneusement relevés avec renvois à la page\