‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 209 sur 333 · janvier 17G · texte numérisé non relu

janvier 17G

4. Voici quel était le relevé de ces griefs : « 1° On lit en marge ; page 40, petite édition envoyée aux rues basses, il y a plus de 1.5 jours : L'Evangile traité de livre scandaleux, téméraire, impie, etc., blasphème al'lreux sous le nom d'un contradicteur qu'on ne réfute point; 2° Les pasteurs de Genève ne savent plus ni ce qu'ils croient, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent (p. 51). On ne sait pas même ce qu'ils font semblant de croire (p. 5i); 5" Invectives contre la Réformation (p. 06 et suiv.); -'t" Lettre d'un ami contre les ministres de Genève, indignement rendue publique (p. 85); 5" Ridicule donné à tous les miracles de Jésus- Christ (depuis la p. 87 jusqu'à la p. 98), dans laquelle il est dit : Il y a des miracles dans l'Évangile qu'il n'est pas même possible de prendre au pied de la lettre, sans renoncer au bon sens; 6" Nicolas fut, pour ainsi dire, brûlé par la main des ministres (p. 180); 1" La puissance executive n'est que la force, et là où règne la force, l'État est dissous (p, 125) ; 8° On a presque toujours vu dans le Conseil des Deux Cents peu de lu-

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Les chefs d'aecusaliuii bien établis, rauleur anonyme appelait sur Rousseau toute la rigueur des lois et il posait ces terribles conclusions :

n On dit que le Conseil aura Lro|) de prudence el trop de fernieté pour s'amuser seulement à faire brûler un livre, à (jui la brûlure ne fait nul mal, et qu'il punira avec toute la sévérité des lois, autant qu'il est en lui, un blasphémateur séditieux qui blas[)hèmc Jésus-Christ en se disant chrétien et qui veut bouleverser sa patrie en se disant citoyen.

" On dit que le Conseil engagera aisémenl le corps des pasteurs à faire la représentation la plus forte, malgré les petits ressentiments particuliers qui doivent se taire devant l'intérêt général, et qui seront sans doute sacrifiés à l'intérêt visible du corps des pasteurs.

(( On dit que les meilleurs citoyens pourront élever leurs voix, et demander justice au Conseil.

(( On dit que le Conseil, appuyé de ces bons citoyens et de tous les pasteurs, pourra déployer alors sa justice en pleine liberté, et que, s'il ne prend pas ce parti, il sera exposé à la dérision publique, et trahie dans les boues par la populace.

(( On dit qu'il nommera sagement des commissaires qui ne rendront compte de l'onvrage séditieux qu'après la nouvelle élection, ce qui servira sans doute à léunir foutes les

mières et encore moins de courage, et cela ne peut être autrement, vu la manière dont il est rempli (p. 259) ; 9° Les citoyens sont esclaves d'un pouvoir arbitraire, et livres sans défense à la merci de vingt-cinq despotes (p. 200) ; 10° Vous êtes des marchands, des artisans, des bourgeois, toujours occupés de vos intérêts privés, de votre trafic, de voire gain (p. 340) ; 11° Le Conseil trame une conspiration (p. ."i."); 12" Le Conseil appelé oppresseur (p. 500); 15" Quand vous prendrez un mauvais parti, prenez-le tous ensemble; par cela seul il deviendra le meilleur (p. dernière), ce qui veut dire, si vous êtes tous d'accord pour poignarder le Conseil vous aurez raison. »

voix du Conseil, et à leur faire prononcer un jugement qui mette fin à l'audace d'im scélérat*. »

Le bruit courut que ce réquisitoire si bref, mais dont chaque phrase frappait comme un coup de hache, sortait de Ferney et qu'il était de l'écriture de Wagnière.

Nous n'avons aucune raison pour en douter.

Peu de temps après parait encore sans nom d'auteur une brochure ayant pour litre le Sentiment des citoyens. C'est une réponse aux blasphèmes des Lettres de la montagne. L'auteur prend la défense de Jésus- Christ, de la religion et des ministres avec la plus louable et la plus vertueuse indignation. Rousseau y est accablé d'outrages.

(( On a pitié d'un fou; mais quand la démence devient fureur, on le lie.... Nous avons plaint Jean-Jacques Piousseau, ci-devant citoyen de notre ville, tant qu'il s'est borné dans Paris au malheureux métier d'un bouffon qui recevait des nazardesà l'Opéra, et qu'on prostituait marchant à quatre pattes sur le théâtre de la Comédie ^...

(( Aujourd'hui la patience n'est-elle pas lassée quand il ose publier un nouveau libelle dans lequel il outrage avec fureur la religion chrétienne, la religion qu'il professe, tous les ministres du saint Évangile et tout le corps de l'État? La démence ne peut plus servir d'excuse quand elle fait commettre des crimes.

« Il aurait beau dire à présent : a Reconnaissez ma maladie (' du cerveau à mes inconséquences et à mes contradic- « tions », il n'en demeurera pas moins vrai que cette folie

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