‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 210 sur 333 · Allusion à la comédie des l'hilosophrs · texte numérisé non relu

Allusion à la comédie des l'hilosophrs

YOLT.VIIIE HT ,l.-.l. UOUSSI:aU 373

l'a poussé jusqu'à insullcr à Josus-Clirist, jusqu'à imprimer qiit^ « rilvangile est un livre sivukImIoux, téméraii-e, impie, (( dont la morale est d'apprendre aux enfanis à renier leurs (( mères et leurs frères, etc. » Je ne répèlerai pas les autres paroles, elles font frémii'.. .

(i S'il a cru préparer dans son style obscur une excuse à ses blasphèmes, en les attribuant à un délateur imaginaire, il n'en peut avoir aucune pour la manière dont il parle des miracles de notre Sauveur, 11 dit nettement sous son propre nom : a 11 y a des miracles dans l'Kvansile qu'il (' n'est pas possible de prendre au pied de la lettre sans « renoncer au bon sens. » 11 tourne en ridicule tous les prodiges que Jésus daigna opérer pour établir la religion....

« .... Après avoir insulté Jésus-Christ, il n'est pas surprenant qu'il outrage les ministres de son saint Évangile....

(( .... Venons à ce qui nous regarde particulièrement, à noire ville, qu'il voudrait bouleverser parce qu'il y a été repris de justice. Pourquoi réveille-t-il nos anciennes querelles et nous parle-t-il de nos malheurs? Veut-il que nous nous égorgions parce qu'on a brûlé un mauvais livre à Paris et à Genève? Quand notre liberté et nos droits seront en danger nous les défendrons bien sans lui....

(( Il suffit d'avertir que la ville qu'il veut troubler le désavoue avec horreur. S'il a cru que nous tirerions l'épée pour le roman d'Emile, il peut mettre cette idée dans le nombre de ses ridicules et de ses folies. Mais il faut lui apprendre que si on châtie légèrement un romancier impie, on punit capitalement un vil séditieux. )>

Mais tous ces reproches, cet injurieux mépris, ne sont rien encore :

« Est-il permis à un homme né dans notre ville d'offenser à ce point nos pasteurs, dont la plupart sont nos

parents et nos amis, et qui sont quelquefois nos consolateurs? Considérons qui les traite ainsi : est-ce un savant qui dispute contre des savants? Non, c'est l'auteur d'un opéra et de deux comédies sifflées'. Est-ce un homme de bien qui, trompé par un faux zèle, fait des reproches indiscrets à des hommes vertueux? Nous avouons avec douleur et en rougissant que c'est un homme qui porte encore les marques funestes de ses débauches, et qui, déguisé en saltimbanque, traîne avec lui de village en village et de montagne en montagne, la malheureuse dont il fit mourir la mère et dont il a exposé les enfants à la porte d'un hôpital.... »

On peut aisément supposer la douleur et la rage qu'un pareil libelle inspira à Rousseau ; il ne se posséda plus quand il lut « cette feuille anonyme, qui semblait écrite, au lieu d'encre, avec l'eau du Phlégéton. »

Ces révélations sur ses mœurs, sur Thérèse, sur leurs enfants, portèrent au philosophe le coup le plus cruel. Ce furent de véritables révélations, car on ignorait dans le public qu'il eût eu des enfants, on ignorait le triste sort qu'il leur avait réservé. Dévoiler au monde l'indigne conduite de l'auteur d'Emile, de celui qui s'était posé comme le réformateur de l'humanité, de celui qui se disait l'homme vertueux par excellence,

1. En 1752 on joua aux Français Y Amant de lui-même, comédie en un acte de J.-J. Rousseau. « Au sortir de la représentation de cette pièce, qui n'eut point de succès, M. Rousseau entra dans le café voisin de la Comédie et dit tout haut, au milieu d'une foule de monde : « La pièce « nouvelle est tombée; elle nîérite sa chute; elle m'a ennuyé; elle est « de Rousseau de Genève et c'est moi qui suis ce Rousseau. » (Anecdotes dramatiques, 1775.)

voi/r.viRK r.r ,i.-j. rousseau :^75

iiTéprocliol)lo, impeccable, n'était-ce pas abattre l'autel d'un faux Mien? Rousseau fut atterré.

Oui avait pu traliir ce secret si bien gardé? Qui avait pu révéler l'infamie qu'on cachait au monde depuis plus de quinze ans?

Le philosophe soupçonna aussitôt Mme d'Epinav, et il se promit de lui faire expier ciièrement l'indiscrétion dont il la supposait coupable. Prenant Duclos pour contident de son amère douleur et de ses projets menaçants, il écrivait :

(( .... 11 vient de paraître à Genève un libelle effroyable, pour lequel la dame d'Épinay a fourni des mémoires à sa manière, lesquels me mettent déjà fort à mon aise vis-à-vis d'elle et de ce qui l'entoure. Dieu me préserve toutefois de l'imiter même en me défendant! Mais sans révéler les secrets qu'elle m'a confiés, il m'en reste assez de ceux que je ne tiens pas d'elle pour la faire connaîtie autant qu'il est nécessaire en ce qui se rapporte à moi. Elle ne me croit pas si bien instruit; mais, puisqu'elle m'y force, elle apprendra quelque jour combien j'ai été discrets »

On s'est souvent demandé pour quel motif Rousseau s'est acharné dans les Confessions sur Mme d'Épinay, sa bienfaitrice. La raison en est simple. Il a cru qu'elle avait fourni les éléments des scandaleuses révélations du Sentiment des citoyens et il a voulu se venger. De quelle valeur sont donc ses assertions et quel crédit peut-on leur accorder?

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