‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 212 sur 333 · février · texte numérisé non relu

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578 VOLTAIRE ET .l.-J. ROUSSEAT

Le philosophe lui répondit immédiatement qu'il faisait supprimer l'édition de Paris. « Si je puis contribuer d'une autre manière à constater voire désaveu, ajoutaitil, vous n'avez qu'à ordonner. » Il écrivait en même temps à de Luc que le pasteur désavouait le libelle et que malgré la certitude où il croyait être que l'ouvrage était de lui, certains indices nouveaux venaient de le mettre sur une autre piste'.

Mais Vernes ne fut que médiocrement satisfait de la réponse de Jean-Jacques :

I Quoi, lui riposta-t-il, vous n'avez point craint de me diffamer dans les pays étrangers, et s'il eût été possible aux yeux de mes concitoyens... et vous me dites après cela avec la froideur d'un homme qui aurait fait l'action la plus indifférente : « J'ai écrit à Paris pour qu'on y supprimât l'édition que <i j'ai fait faire de celte pièce; si je puis contribuer en quel- (i que autre manière à constater votre désaveu, vous n'avez (( qu'à ordonner. » Vous parlez, sans doute. Monsieur, d'une seconde édition, car la première est épuisée. Et par rapport au désaveu, ce n'est pas le mien qu'il s'agit de constater, je l'ai rendu public... mon devoir est rempli; c'est à vous maintenant à voir quel est le vôtre; vous devriez regarder

1. Fidèle à sji promesse, il s'empressa de prévenir Guy et Duchesne d'arrêter la publication. i7 février 17G5.) Guy lui répondit aussitôt : « Sur-le-champ j'ai supprimé le libelle de M. Vernes, que je n'avais fait mprimer en très petit nombre que parce que vous laviez absolument ordonné. (Paris, 26 janvier 1763.) — (Inédite. Mss. de ^eufcliàtel.) Mais, bien qu'on se fût conformé strictement à ses désirs en arrêtant l'édition, Jean-Jacques ne fut pas satisfait. « Que vous eussiez supprimé cet écrit avant qu'il parût, écrivit-il au libraire, h la bonne heure; mais qu'au milieu du débit vous l'ayez supprimé tout d'un coup, cela est 1res mal entendu. » (~> février 1765.) Il est vrai que deux jours après il lui confirma la défense de laisser sortir de chez lui un seul exemplaire.

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coninifl une injure si je vous indi([u;iis ce qu'en j)areil cas ferait un honnête homme '. >

Rousseau refusa au pasteur toute l'éparaliou; hieu plus, il lui (léelara que malgré son désaveu, auquel du reste il s'était atleudu, il persistait à le croire l'auteur du Sentiment des citoyens.

Mais alors, lui répliqua Vernes indigné, toute votre conduite n'était qu'un jeu odieux, vous ne me demandiez mon désaveu que pour le fouler aux pieds, c'est une nouvelle injure que vous vouliez m'adresser?

Jean-Jacques ne nia pas que telle eût été son intention, « heureux, dit-il, de convaincre le pasteur qu'il avait l'ait deux fois un acte vil". »

« Rousseau avait pour règle, dit de Jaic (etil l'énonça formellement alors), de ne jamais croire les hommes dans leur propre cause; en quoi il jugeait des autres par lui-même, comme je pourrai le prouver. R persista donc à accuser l'ecclésiastique, qui fut obligé de faire imprimer leur correspondance, pour se justifier du moins aux yeux du public. »

Le philosophe, cependant, s'il faut l'en croire, ne souhaite qu'une chose, c'est la réhabilitation de Vernes :

Il Je donnerais tout au monde pour le croire innocent, écrit-il, afin qu'il connût mon cœur et qu'il vit comment je répare mes torts. Mais, avant de le déclarer innocent, il faut que je le croie ; et je crois si décidément le contraire que je n'imagine pas même comment il pourra me dépersuader. Qu'il prouve et je suis à ses pieds. Mais pour Dieu,

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