‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 218 sur 333 · De Luc, lettres à Ijluiueiiljacli · texte numérisé non relu

De Luc, lettres à Ijluiueiiljacli

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la délation : désorniais Joaii-Jacqucs ne sera plus traité que comme im vulgaire Pompignan, comme un Fréron de bas étage.

Il faut bien so persuader que cette dénonciation de Rousseau était une chose grave. Le patriarche la ressentit d'autant plus vivement, qu'elle le fiappait dans le moment le plus inopportun, à une époque où il se trouvait en proie à plus d'une préoccupation et où non seulement il savait le gouvernement de Genève fort mal disposé à son égard, mais où il croyait avoir tout à redouter de la part de la France.

Il était vraiment superflu d'appeler l'attention du Consistoire sur les ouvrages de Voltaire : depuis la condamnation de VÉmile et du Contrat social^ tout ce qui sortait de Ferney ne passait-il pas régulièrement par la main du bourreau? Les bourgeois s'étant plaints de la sévérité exercée à l'égard de Jean-Jacques, alors que l'on tolérait certains écrits de Voltaire et qu'on les laissait librement circuler, le Conseil, pour donner satisfaction aux clabauderies des citoyens, fit brûler tout ce qui de près ou de loin pouvait passer pour une attaque contre la religion. Le bourreau devint le fonctioimaire le plus occupé de la République.

De tous ces autodafés. Voltaire, à l'en croire, n'avait cure, car ses ouvrages paraissaient sans nom d'auteur et il les désavouait avec la plus parfaite régularité. Du reste, abrité dans son château de Ferney, derrière ses ponts-levis et ses mâchicoulis, ne se trouvait-il pas hors de la juiidiction de Genève? Qu'avait-il à redouter?

Sa sécurité cependant était plus apparente que réelle; on commençait à s'irriter à Genève de le voir plus que jamais inonder la République de brochures impies et scandaleuses; on se demandait si la patience du Conseil n'aurait pas de limites, et s'il ne sévirait pas enfin contre celui qui se riait des condamnations qui le frappaient .

Le philosophe n'ignorait pas le danger. Quand il publia les Lettres d'un quaker, en réponse à Lefranc de Pompignan, l'ouvrage fut dénoncé avant même d'avoir paru. L'auteur, dans une lettre tout intime, confie ses doléances à Cramer, son imprimeur, mais sa plaisante indignation montre bien les préoccupations qui l'obsédaient :

(( Vous savez, Caro, que voti-e f.... Consistoire a dénoncé la lettre de l'antre quaker à votre Conseil. Il faut que ces gens-là soient enragés. 11 m'est tombé entre les mains une de ces lettres. Il n'y a rien qui regarde ces polissons, ni qui puisse offenser directement le premier établissement de leur polissonnerie. Leur impertinente démarche ne mérite que des croquignoles. Cependant vous savez bien que l'esprit d'animosité et de vertige les anime. Ils se doutent que vous avez imprimé la lettre du quaker. Ils veulent la faire condamner pour vous exclure de l'auditoire. J'ai donné à M. Bertrand la seule lettre quakerienne qui me restât. Si vous n'en avez pas laissé courir de copie, je ne conçois pas comment ces animaux-là ont pu en attraper une. Attendez, je me souviens encore que j'en ai donné une à Constant qui peut-être l'aura donnée au professeur, qui l'aura donnée à un prèti'e. Je serais fâché qu'il y eût un éclat, et d'autant

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plus laclit' que je rends ackielleiiiont un service important au Conseil.

(( Vous pourriez engager M. le syndic Cramer à diriger le (ïonseil dans celte affaire. Le parti le plus sage serait de répondre aux cuistres qu'on veillera sur 1 écrit dénoncé, qu'on empêchera le dél>it, s'il y en a dans Genève, et de s'en tenir là*, a

La situalioii de Voltaire paraissait encore moins rassurante à Paris qu'à Genève. Depuis longtemps déjà la publication de chacun de ses ouvrages le faisait passer par des transes continuelles, mais il sentait l'orage grossir de jour en jour et le moment approchait où il ne pourrait plus l'éviter. C'est en vain qu'il désavouait ses écrits avec acharnement, on s'obstinait à l'enl croire le père. C'est en vain qu'il chargeait tous ses amis de proclamer son innocence et de rendre gloire à la vérité.

« Je me trouve, écrivait-il à Damilaville, dans des circonstances épineuses où ces odieuses imputations peuvent me faire un tort irréparable et empoisonner le reste de ma vie. Je veux bien être confesseur, mais je ne veux pas être martyr.... C'est un triste métier que celui d'hommede lettres. mais il y a quelque chose de plus dangereux, c'est d'aimer la vérité*. »

Pendant l'année 176i, c'est-à dire peu avant la dénonciation publique de Rousseau, paraît le Dictionnaire phi-

1, Inédili;. Nous devons la coinuiuiiicalioii de celle lellreà l'oliliiceanœ de M. Piot.

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