i5 janvier 1765. (Fritz Berthoud
déjà assez blâmé d'avoir admis à la sainte Cène l'homme qui avait écrit V Emile : mais (jiicl abime entre V Emile et les Lettres de la monlacjne!
Du reste le ministre de Motiers avait des supérieurs ecclésiastiques et il dut leur obéir. En dehors d'une solidarité fort naturelle entre collègues, tout ce que Rousseau avait dit du clergé genevois s'appliquait indif-ij féremment aux autres clergés calvinistes : à quels soupçons injurieux les pasteurs de Neufchàtel ne se seraientils pas exposés s'ils avaient laissé passer en silence un véritable libelle qui couvrait d'outrages la religion réformée et ses ministres ! La vénérable classe de Neufchàtel résolut de rejeter Rousseau du sein de l'Église réformée.
Très inquiet de la tournure que prenaient les événements, Jean-Jacques espéra calmer l'animosité des pasteurs en écrivant une déclaration conçue dans les termes les plus modérés :
« Par déférence poux M. le professeur de Montmollin, mon pasteur, et par respect pour la vénérable classe, j'offre, si on l'agrée, de m'engager, par un écrit signé de ma main, à ne jamais publier aucun nouvel ouvrage sur aucune matière de religion, même de n'en jamais traiter incidemment dans aucun nouvel ouvrage que je pourrais publier sur tout autre sujet, et de plus, je continuerai à témoigner par mes sentiments et par ma conduite, tout le prix que je mets au bonheur d'être uni à l'Église.
« Je prie M. le professeur de communiquer cette déclaration à la vénérable classe.
« Fait à Motiers le 10 mars i7C5. »
L'offre du philosophe fut dédaigneusement repoussée. On hii répondit sèchement qu'il avait déjà fait des promesses semblables, et qu'il ne les avait pas tenues.
La vénérable classe, qui cherchait à prononcer contre lui l'excommunication, déclara que par la publication d'ouvrages dangereux et impies il avait causé le scandale de « toute la chrétienté » et qu'il en devait réparation; elle enjoignit à M. deMontmollin de le faire comparaître en Consistoire « et de lui faire entendre qu'on ne peut le reconnaître digne de la communion des fidèles tant qu'il ne manifestera pas à tous égards les sentiments d'un vrai chrétien, en déclarant solennellement qu'il croit en Jésus-Christ mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification; en témoignant de plus le regret qu'il a de tout ce qu'il peut avoir écrit contre une telle foi^.. »
Rousseau fut donc cité devant le Consistoire de Motiers le vendredi 29 mars 1763, à onze heures du matin, dans la maison de cure. Tout d'abord il se félicita de comparaître devant cette assemblée composée de six paysans « plus ignorants encore que les ministres », et dont il allait si facilement mettre en poudre tous les arguments. Malheureusement il fallait parler, et parler en public; il ne s'en sentit pas le courage, il craignit de se troubler, et il prit prétexte de sa mauvaise santé pour se dérober à l'invitation des anciens.
A cette époque, son exaltation contre le clergé était