‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 23 sur 333 · août 175G · texte numérisé non relu

août 175G

YOLTAIlll'; KT J.-J. noiSSKAT hô

j'adoro la l)oiilt'' diviiio. » OncUe Icroii ! C'est Joari- Jacques riiilorliiiK' qui soiiliciil que loiil est Lion ol rappelle à la itiuleur Yollaiie, comblé par le soil, (pii soutienl que toul esl mal.

Quelle cliule pour Voltaire! (juel piédestal pour Rousseau !

Certes, le terrain était bien choisi; et les rieurs ne devaient pas être du côté du poète. Mais Rousseau n'avait pas seulement pour but de rabaisser le châtelain des Délices, il comptait bien qu'une atta(}uc aussi vive ne passerait pas inaperçue, qu'il en résulterait une controverse publique qui mettrait le comble à sa propre réputation.

Voltaire, nous l'avons dit, n'aimait pas la contradiction, il aimait encore moins (ju'on pût rire à ses dépens; il sentit toute la perfidie de l'attaque, et la lettre du Genevois, d'une argumentation très serrée, dut lui paraître parfaitement insuppoitable. Cependant il l'accueillit avec mansuétude, mais il se donna le malin plaisir de tromper les espérances de l'auteur en lui envoyant, au lieu de la réfutation espérée, une lettre de remerciements des plus aimables et qui coupait court à toute discussion. Il dédaignait même de relever la sujiposition absolument erronée qui servait de prétexte à la prose de Jean-Jacques.

« Vous me pardonnorez, lui disait-il, de laisser là ces discussions philosophiques qui ne sont que des amuscuieiUs. Volic lettre est très belle, mais j'ai chez moi mie de mes

nièces, qui, depuis trois semaines, est dans un assez grand dangei-, je suis garde-malade et très malade moi-même. J'attendrai que je me porte mieux et que ma nièce soit guérie pour penser avec vous.

« M. Troncliin m'a dit que vous viendriez enfiu dans votre patrie. M. d'AIembert vous dira quelle vie philosophique on mène dans ma petite retraite. Elle mériterait le nom qu'elle porte si elle pouvait vous posséder quelquefois. Comptez que de tous ceux qui vous ont lu personne ne vous estime mieux que moi malgré mes mauvaises plaisanteries, et que de tous ceux qui vous verront personne n'est plus disposé à vous aimer tendrement*. »

On sait avec quelle facilité Voltaire jouait des maladies quand il y trouvait un intérêt quelconque. Celte fois et par extraordinaire il disait vrai ; sa nièce, Mme de Fontaine, venait de tomber sérieusement malade, et l'inquiétude que son élat ins})irait pouvait honnêtement servir de raison pour esquiver une réponse embarrassante. Rousseau éprouva une assez vive déception, mais il eut l'esprit de la dissimuler.

« J"ai été charmé, écrit-il à Tronchin, de la réponse de M. de Yollaire; un homme qui a pu prendre ma lettre comme il a fait mérile le titre de philosophe, et l'on ne peut plus êlre porté que je le suis à joindre à l'admiralion que j'eus toujours pour ses écrits l'eslime et l'ainilié pour sa personne^. ))

Non seulement Voltaire ne réfuta pas la Lettre sur

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