‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 236 sur 333 · mars 1765. Griinm à la duchesse de Saxe-Gollia · texte numérisé non relu

mars 1765. Griinm à la duchesse de Saxe-Gollia

2. La cour de Hollande prononça le 21 janvier l'arrêt suivant : « Considérant que dans le livre incriminé l'infaillibilité de l'Écriture Sainte est mise en doute, et que les miracles du Sauveur et de ses saints Apôtres y sont l'objet de moqueries profanes, impies, fades et licencieuses tendant à miner les fondements de la vi'aie religion ; considérant d'ailleurs que ce livre a pour but de justifier les maximes pernicieuses de YlimiJe ou de VKdiication, ouvrage défendu par ordonnance des états de Hollande comme étant un livre au plus liant degré, impie, scandaleux, outrageant et profane, et puisque le respect dû à la Majesté divine impose à la justice le devoir de douner ouvertement une marque éclatante de son indignation, et de signaler par un exemple son horreur contre quiconque écrit, imprime, vend et concourt à la distribution de livres aussi abominables, ordonne que ledit livre scandaleux et blasphématoire sera lacéré et brûlé sur l'échafaud par les mains du bourreau. » (Cosscha.)

Se voyant banni de tous côtés, Rousseau mandait tristement à Moullou : « Cher Moultou, voyez mon sort. Les plus grands scélérats trouvent un refuge, il n'y a que votre ami qui n'en trouve point'. »

Il accusait surtout Montmollin de le poursuivre avec acharnement. Ce pasteur, qu'il avait porte aux nues, dont il avait si longtemps loué la science et les hautes vertus, était devenu pour lui un objet d'horreur depuis qu'il l'avait cité en Consistoire. Il lui reprochait de céder à de vils mobiles d'argent, il prétendait que, furieux de n'avoir pu obtenir un intérêt dans la société formée pour l'impression de ses œuvres, il lui avait voué une haine acharnée.

C'est toujours la même situation qui se représente. Emporté par la passion, Rousseau frappe d'estoc et de taille, ne ménageant pas plus ses amis que ses ennemis, puis, quand il s'aperçoit des effets de ses libelles, quand il voit ses amis forcés de le blâmer et de s'éloigner de lui, il les accable d'injures, crie à la trahison et se dit victime de leur perversité.

Pouvait-on accuser M. de Montmollin de malveillance pour Rousseau? N'avait-il pas donné des preuves éclatantes de ses bonnes dispositions à son égard, ne lui avait-il pas ouvert les bras à une heure bien critique, ne s'était-il pas fort compromis pour lui? « 11 devrait faire un cas infini de votre personne, écrivait Sarazin au pasteur, et se souvenir avec une vive recon- "

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