‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 237 sur 333 · mars ITGj · texte numérisé non relu

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naissance de la charité chrétienne que vous lui avez témoignée.... peut-être est-il surpris que vous préfériez le zèle pour la religion à la complaisance pour lui*... »

Mais qu'importent à Jean-Jacques les services rendus,

les preuves d'amitié et de dévouement ! Quand on se dit son ami on perd toute liberté, tout libre arbitre, il faut accepter toutes ses idées quelles qu'elles soient, et adopter toutes ses théories quoi qu'il puisse en advenir. De même que les pasteurs de Genève auraient dû s'incliner devant VÉmile et le Contrat social, et devenir les ministres de la religion naturelle, de même Montmollin aurait dû s'incliner devant les Lettres de la montagne et refuser de se conformer aux ordres de la vénérable classe de Neufchâtel.

La situation de M. de Montmollin était épineuse. Tous ceux qui lui avaient reproché trop de complaisance pour Rousseau en 1762, à l'époque de la communion du philosophe, l'attaquèrent naturellement avec violence lorsque les Lettres de la montagne parurent; d'autre part, il ne fut pas malmené moins violemment par les amis de Rousseau quand on le vit obéir à ses supérieurs et citer le philosophe devant le Consistoire.

« Il est bien difficile, écrivait-il avec calme à d'ivernois, dans la position où je me suis trouvé et où je me trouve encore, de pouvoir faire selon les désirs des uns et des autres, il n'y a d'autre parti à prendre que de se con-

i. 24 avril 1765. (Fritz Berthoud.)

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l'ormor scrupuleusement à sou devoir. Si M. Rousseau s'était dispensé d'écrire les Lettres de la monlcKjnc, il se serait évité à lui et à bien d'autres des embarras et des inquiétudes'. »

Les partisans de Jean-Jacques ne se contentèrent pas de reprocher à Montmollin sa conduite; en avril 17G5 parut une lettre des plus vives contre le pasteur et le clergé de Neufchàtel. Cette lettre, dite de Goa', envenima beaucoup la situation. Le ministre de Motiers, irrité et offensé de la conduite « équivoque et sophistique » de Jean-Jacques, se départit de la réserve qu'il avait observée jusqu'alors :

« Je n'ai pas honte de dire, écrivait-il à Sarazin, que j'ai été la dupe de mon bon cœur, de ma tolérance et de ma charité chrétienne.... Les partisans de M. Rousseau nous accusent d'être les instruments de la vengeance de Genève et de M. de Voltaire, mais je ne crains pas d'affirmer qu'aucun ministre ait la moindre relation avec celui-ci; quand la passion fait défendre une mauvaise cause, il n'y a aucun prétexte que l'on n'avance '". »

Montmollin crut devoir répondre à la lettre de Goa et il publia dix lettres où l'auteur anonyme était traité de calomniateur et de menteur.

A partir de cette époque, le clergé de Neufchàtel, cela n'est pas douteux, lit tous ses efforts pour se débarras-

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