Cornuand. Mémoires ini^dila
YOLTAllU': ET ,l.-,l. UOUSSEAU 429
Fornicalour qu'il ne voulail que du bien à la bourlicoisic cl qu'il rcgretlail qu'elle l'eût méconnu. Le beau Robert, auquel ses démêlés avec la vénérable compagnie avaient donné parmi les citoyens beaucoup de réputation et une véritable influence, raconta à ses amis tant et tant de bien du pliilosopbe qu'il finit par en amener un assez grand nombre à Ferney et qu'une réconciliation s'opéra entre le patriarche et les bourgeois.
Lorsque les discussions de Genève s'aggravèrent, lorsque la situation devint de plus en plus tendue entre les deux partis, lorsqu'on comprit enfin qu'il f;\udrait inévitablement recourir aux puissances garantes, les bourgeois virent aussitôt de quelle utilité serait pour eux la protection d'un homme qu'on savait en relations avec Choiseul et les ministres et dont les hautes relations pouvaient donner un grand appui au parti qu'il favoriserait. Ils devinrent donc plus assidus (jue jamais à Ferney.
Voltaire, de son côté, était enchanté de jouer un rôle chez ses voisins, de paraître avoir du crédit à la cour de France, et, d'autre part, il était ravi qu'on sût à Versailles de quelle autorité il jouissait à Genève, puisqu'on le prenait pour arbitre dans les circonstances délicates. Il ne se déroba donc pas à l'honneur qu'on lui faisait et accepta de se mêler d'une querelle qui ne le regardait en rien.
Mais il y a une autre raison bien plus humaine qui entraîna Voltaire et le passionna, c'est que la cause di-
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recte de ces dissensions, leur auteur reconnu et avéré était Rousseau. Quel triomphe pour le châtelain de Ferney s'il parvenait à ramener la concorde parmi ceux que le citoyen avait désunis! L'auteur d'Emile l'a accusé de corrompre les mœurs de sa patrie : quelle plus belle vengeance que d'y arriver en pacificateur et d'éleindre l'incendie que Rousseau a. allumé d'une main criminelle et impie! C'est là la vraie raison qui jeta Voltaire dans la lutte et lui fit prendre un intérêt passionné à l'apaisement des « criailleries » genevoises.
Mais son rôle sera tout pacifique; « tout ce que je désire, écrit-il à d'Argental, c'est que M. le duc de Praslin me regarde comme un petit anti-Jean-Jacques et comme un homme qui n'est pas venu apporter le glaive, mais la paix'. »
Le patriarche prit parti pour ses nouveaux amis les représentants, avec toute l'ardeur d'un néophyte, sans se préoccuper des haines qu'il allait soulever contre lui dans l'aristocratie.
Quelques chefs de la bourgeoisie cependant, ceux qui entretenaient avec Jean-Jacques les relations les plus intimes, comprirent tout ce qu'il y aurait de douloureux pour leur ami à voir ses partisans l'abandonner pour courir chez un rival détesté. D'ivernois, Du Peyrou et quelques autres s'abstinrent donc de toutes relations avec Voltaire, malgré les invitations pressantes qu'ils reçurent dé Ferney, et l'exemple qui leur fut