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lilitn' aux yeux du [luljlic do Paris. En rcalilé lo bul que poursuivait lo palriarclie était beaucoup plus important que sa rôliabililalion à Paris ou sa réconciliation avec Rousseau, mais ce but il devait le cacher avec soin aux Conseils. D'fvcrnois lui avait naïvement avoué les raisons qui éloignaient encore de Ferney quelques chefs de la bourgeoisie ; ne fallait-il pas à tout prix lever ces derniers scrupules? Si Voltaire airivait à prouver son innocence vis-à-vis de Rousseau, il devenait sans conteste le chef avéré des représentants et il pouvait jouer le rôle politique qu'il ambitionnait.
Comme on l'accusait d'avoir agi à Berne tout autant qu'à Genève, si ce n'est plus, grâce à son âme damnée, le « jésuite » Bertrand, le patriarche, qui ne regardait pas aux démarches pour sa justification, écrivit à M. de Freudenreich, bannerel de Berne, pour lui demander également d'attester son innocence. Il en reçut celte affirmation catégorique :
u Vous m'étonnez en m'apprenant qu'on ose vous soupçonner d'avoir conti'ibué à faire sortir le sieur Rousseau des terres de L. L. E. E. Votre cœur généreux et bienfaisant doit vous mettre au-dessus de tout pareil soupçon, je ne conçois donc pas qu'on pousse l'effronterie jusqu'à vous attribuer des sollicitations vis-à-vis de moi et de M. le ministre Bertrand. J'ai conservé toutes les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je viens de les relire, je n'y ai trouvé ni trace ni indication quelconque relative au >ieur Rousseau ou à son bannissement. M. le ministre Bertrand m'a montré toutes vos lettres, il n'y est jamais fait mention de Bousseau. ni directement ni indiiedenient.
UO YOI.TAIHF. ET J.-J. P.OUSSRAl"
Hieii plus, dans les conversations qne j'ai eues avec M. Bertrand, il ne m'a jamais témoigné qu'il souhaitait le bannissement dudit M. Rousseau, bien loin de nous avoir sollicités soit par commission soit autrement. Voilà, Monsienr, ce que j'ai l'honneur de vous déclarer sur mon honneur. Je suis véritablement affligé qu'on vous tracasse par des imputations si pou vraisemblables, et si contraires à votre caractère, et qu'on trouble le précieux loisir dont on devrait vous laisser jouir en paix. C'est du fond de mon cœur que je souhaite que vos jours soient prolongés, et qu'ils ne vous offrent que ce qui peut rendre la vie heureuse et remplir tous vos souhaits.
« C'est avec ces sentiments et le plus respectueux dévouement que j"ai l'honneur d'être, etc.'. >
Cette réponse était plus que satisfaisante. Nous n'avons pu retrouver celle de Lullin, mais il est évident qu'elle se borna à des généralités, car le patriarche fut fortement déçu en la recevant; il éci'ivit aussitôt au secrétaire d'État avec une raideur qui décelait sa colère :
« Vous verrez. Monsieur, que je dois ètie plus content de la lettre de M. le baron de Freudenreich que de la vôtre, .l'envoie à Paris la copie dont j'ai l'honneur de vous dépêcher la minute, je ne m'ingère point dans les affaires qui ne me regardent pas, mais je dois repousser les calomnies qui m'offensent et qui outragent vos seigneurs autant que moi-même. Si dans les premiers moments on m'avait aidé à détruire ces bruits dangereux qui ont irrité tnnt de citoyens, vous ne seriez pas où vous en êtes; on se conduisit alors trés-mal
\. Inédite. Archives de Genève, n°4>^90. IC janvier 1766. Celte lettre a été citée en partie par M. Desnoireterres.
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el on me (lovait plus d'égards. Vous savez <iuej<' dis toujours ce (flie je pense'. »
Faul-il en conclure que M. Lullin reconnaissait l'intcrvenlion de Voltaire dans la persécution qui avait frappé Rousseau? Assurément non. Si le patriarche n'avait jtas été innocent, eût-il jamais osé, dans les circonstances actuelles, solliciter le certificat du magnifique Conseil, au risque de recevoir un démenti public qui l'aurait rendu la risée de tous les partis? Mais il est évident que le Conseil ne fut pas dupe du prétexte de Voltaire, qu'il soupçonna les véritables motifs de sa démarche et qu'il ne voulut pas lui donner une arme qui ne pouvait qu'augmenter sa popularité parmi les représentants ; il n'avait pas à se louer de lui depuis la naissance des troubles et il profita de la première occasion pour lui être désagréable.
D'Ivernois, à la suite de son entrevue de Ferney, crut la réconciliation entre les deux philosophes non seulement possible, mais si prochaine qu'il manda à Jean- Jacques :
« Écrivez-moi, je vous prie, séparément, au sujet de Voltaire, et comprouoz si par son moyen nous pouvions vous faire rentrer dans vos droits de citoyen quand même vous ne seriez pas dans l'intention d'en venir jouir, vous comprenez, dis-JG, f[u'on aurait beau jeu pour instruire rKuropo de l'injustice du goiivornoment envers vous. »
On pense comment fut accueillie une pareille propo-