‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 26 sur 333 · Voir la Vie iiUimc de Voltaire aux délices cl à Ferneij · texte numérisé non relu

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bliqiio, mais abordant ensuite la question religieuse, il félicitait les pasteurs, au moins la majeure partie, de n'avoir d'autre religion qu'un socinianisme' parfait, et il ajoutait :

« On se plaint moins à Genève qu'ailleurs des progrès de l'incrédulilé, ce qui ne doit pas surprendre, car la religion y est presque réduite à l'adoration d'un seul Dieu, du moins chez tout ce qui n'est pas peuple; le respect pour Jésus- Christ et pour les Écritures est peut-être la seule chose qui distingue d'un pur déisme le christianisme de Genève. »

Ces dangereuses assertions soulevèrent dans la ci lé de Calvin un grand scandale; le clergé tout entier fut compromis, et plus particulièrement les pasteurs, qui, par leur intimité avec le philosophe, pouvaient passer pour ses complices.

Fidèle à sa promesse, d'Alembert avait inséré dans son article le paragraphe convenu sur les spectacles :

« On ne souffre point à Genève de comédie ; ce n'est pas qu'on y désapprouve les spectacles en eux-mêmes, luais on craint, dil-on, le goût de parure, de dissipation cl de libertinage que les troupes de comédiens répandent parmi la jeunesse. Cependant ne peut-il pas être possible de remédier à cet inconvénient, par des lois sévères et bien exécutées sur la conduite des comédiens? Par ce moyen, Genève aurait des spectacles et des mœurs, et jouirait de l'avantage des

i. Les Sociniens étaient une secte de chrétiens aiititrinilaires ou rationalistes. Leurs chefs étaient les deux Socin ; ils étahlirent leur doctrine en Pologne; chassés en 1058, les Sociniens se dispersèrent en Transylvanie, en Hollande, en Angleterre, etc.

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uns ot (les autres : los ri>présentations théàlralos formoraù'ul le goût tlt^s citONvns ot leur donncM'aiont une finesse de tact, une délicatesse de senlinient qu'il est lri'sdif(icile d'acquérir sans ce secours. La liltéralure en profilerait, sans que le libertinage fit des progrès, et Genève réunirait à la sagesse de Lacédémone la politesse d'Athènes. »

Ce passage exprimait un souhait fort raisonnable et n'offrait rien de bien répréhensible; il passa du reste à peu près inaperçu, tous les espriis étant occupés des graves imputations portées contre l'orthodoxie du clergé genevois.

Les pasteurs, Rousseau l'a dit, ne savaient à quel saint se vouer, pour effacer l'effet déplorable causé par l'article de d'Alenibert. Ils se flattèrent d'abord d'obtenir de l'auteur même une rétractation, et à leur sollicitation le docteur Troncliin lui écrivit' :

« Permettez, Monsieur, à un citoyen qui connaît la bonté de votre cœur, la droiture de votre âme, votre crédit dans l'empire des lettres, et votre amitié pour sa patrie, la liberté qu'il prend de verser dans votre sein la peine que nous lait ce que vous dites de notre foi dans V Encyclopédie. S'il s'agissait d'une vérité historique, je ne vous importunerais pas, mais c'est du christianisme dont il est question, et avec les meilleures intentions, car il n'est pas possible que vous

.1. On trouvera dans la Vie intime de Voltaire aux Délices et à Fernnj tous les détails de cet incident, mais nous n'avions pu retrouver, inalfîfé nos recherches, les lettres de Tronchin et de d'Alembert ; un heureux liasard nous les a fait découvrir et nous mettons sous les yeux du lecteur ces curieux documents.

en ayez de mauvaises, vous nous en fermez les portes. L'effet (le ce que vous dites est trop à craindre pour que nous puissions l'attendre avec indifférence. C'est bien ici, Monsieur, que nous devons dire, Aconila non hihunlur fictilibus, le vase est d'or, il est enrichi de pierreries, car qui fait plus de cas que nous de l'Encyclopédie, et des auteurs qui y travaillent ! Nous jugeons, Monsieur, et la règle est bien sûre, par l'ascendant qu'ils ont sur nous, de celui qu'ils doivent avoir sur tous les lecteurs en général.

« L'attention et la réflexion que notre état physique et moral nous permet et que rien ne trouble, ont mis dans les mains de chaque citoyen la mesure des effets de ce que vous dites de nous. Ils. nous effrayent, Monsieur. Pardonnez cet effroi à une petite République, dont le repos, le bonheur, peut-être même l'existence, est incompatible avec la haine, ou avec le mépris public; et qui connaît mieux que vous, Monsieur, l'influence de la religion en général et du christianisme en particulier sur la confiance, l'estime et la bienveillance publiques. Vous dites pourtant que nous ne sommes pas chrétiens, et que pouvez-vous nous reprocher de plus grave? Cette accusation nous rend odieux à ceux dont malheureusement nous sommes séparés, et méprisables à ceux à qui nous sommes réunis.

« Vous nous aimez pourtant. Monsieur, j'en appelle aux éloges dont vous daignez nous combler; vous avez bien voulu nous en donner les assurances les plus obligeanles, lorsque vous étiez ici. Vos intentions sont trop pures, vous ne voulez j»oint nous faire de mal. Si la république des abeilles mérite autant l'attention du sage que les plus grands empires, vous ne serez pas insensible à notre peine. Il s'agit, Monsieur, d'une tache que vous pouvez effacer, vous n'y perdrez rien et nous y gagnerons beaucoup. Quelques lignes de votre main bienfaisante, dictées par votre belle âme, nous ren-

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dronl le ropos «iiie vous nous avi"*/ ùU'', roniplii'ont nos cœurs de reconnaissanco ci du respt'ct (|no nous vous avions voué'. ))

Il fallait que l'émoi fiU bien grand à Genève, la situalion bien pressante, pour que le docteur ait pu consenlir à s'abaisser jus(iu'à de pareilles adulations.

Le philosophe tint bon; il était soutenu par Voltaire, (jui hii écrivait :

« Vous savez tous les murmures de la synagogue.... Ces drôles osent se plaindre de l'éloge que vous daignez leur donner de croire en Dieu et d'avoir plus de raison que de foi.... Mais vous, à qui quelques-uns se sont ouverts, vous (jui êtes instruit de leur foi par leur bouche, ne vous rétractez pas : il y va de votre salut, votre conscience y est engagée.... Vous n'avez pas besoin de mes saintes exhortations pour soutenir la gale que vous avez donnée au troupeau de Genève.... Je vous assure que mes amis et moi les mènerons beau train, ils boiront le calice jusqu'à la lie. »

La réponse de d'Alembert fut ce qu'elle devait être, polie, mais inébranlable dans son refus :

^^ Vous me rendezjuslice. Monsieur, mandait-il à Tronchin, (piand vous croyez ffue mes intentions dans l'article Genève ont été de rendre à vos concitoyens et à votre clergé le tribut d'estime que je leur dois. Le ton d'éloge qui règne dans cet article d'un bout à l'autre suffirait pour vous convaincre de mes sentiments. Aussi, Monsieur, j'ose vous assurer que si j'avais attendu quelque chose de la part de votre République, c'eût été des remerciments de vos magis-

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