P rivale C.orrespondcncc, 11 lévrier
de notre accord, c'est que ni lui ni moi ne sommes enclins à la dispute, ce qui n'est pas le cas pour les philosophes en question. Ils ne l'aiment pas non plus parce qu'ils trouvent qu'il est imprégné de religion, et il est remarquable que le philosophe de notre époque qui a été le plus persécuté est de beaucoup le plus dévot'. »
Les croyances religieuses de Rousseau étaient de nature à déplaire à Hume. Ce fait seul prouve la bonté du philosophe anglais, puisque, en dépit de la différence de leurs opinions, il accueillit le Citoyen comme s'il eût partagé son incrédulité. Lord Charlemont raconte que lorsqu'ils arrivèrent en Angleterre, il félicita David du bonheur dont il allait jouir dans la société d'un homme avec lequel il avait tant de rapports : « Vous vous trompez fort, lui répondit le philosophe, Rousseau n'est pas ce que vous croyez. U a du goût pour la Bible et ce n'est pas moins qu'un chrétien à sa manière '. »
Dans son affectueuse sollicitude, Hume songeait à tout. Préoccupé des ressources assez précaires de son ami, il eut l'idée, pour assurer son avenir, de demander une pension au roi d'Angleterre; il inlerrogea Rousseau, qui ne mit qu'une seule condition à son acceptation, c'est que Mylord Maréchal l'approuverait. Mylord consulté déclara qu'il n'y avait pas à hésiter". Fort de cette approbation, Hume commença les plus actives démar-
1. Manuscrits de la Sociéto roy;ilo d'Édiinboury : Humes lifc and correspuiidcncc.
2. Mcmoirs of Ihc poliUcal and piivale lilc of James Earl Charlemont. hy Francis Ilnrdy. London, ISUI.