‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 268 sur 333 · I. WooUon, 22 mars · texte numérisé non relu

I. WooUon, 22 mars

474 VOLTAIRE El J.-J. ROUSSEAU

qu'un vilain rêve, il n'en reste rien, (oui est oublié. A lui l'avenir, l'avenir heureux et calme dans cette douce et paisible retraite. Coindct reçoit ses effusions de bonheur :

« .... Me voilà comme régénéré par un nouveau baptême, ayant été bien mouillé en passant la mer. .l'ai dépouillé le vieil homme, et, hors quelques amis parmi lesquels je vous compte, j'oublie tout ce qui se rapporte à citte terre étrangère qui s'appelle le continent. Les auteurs, les décrets, les livres, cette acre fumée de gloire qui fait pleurer, tout cela sont des folies de l'autre monde auxquelles je ne prends plus de part et que je me vais hâter d'oublier. Je ne puis jouir encore des charmes de la campagne, ce pays étant enseveli sous la neige; mais, en attendant, je me repose de mes longues coui'ses, je prends haleine, je jouis de moi, et me rends le témoignage que, pendant (piinze ans que j'ai eu le malheur d'exercer le triste métier d'homme de lettres, je n'ai contracté aucun des vices de cet état; l'envie, la jalousie, l'esprit d'intrigue et de charlatanerie, n'ont pas un instant approché de mon cœur. Je ne me sens pas même aigri par les persécutions, par les infortunes, et je quitte la carrière aussi sain de cœur que j'y suis entrée ))

Hélas! le pauvre Rousseau se connaissait bien peu lui-même. C'est le 29 mars qu'il écrit à son ami Coindel, qu'il lui dépeint l'heureux élat de son cœur, le bonheur si longtemps poursuivi, auquel il touche enfin, el deux jours après, l'infortuné, en proie à un accès de véritable démence, se croit trahi par celui-là même qu'il considé-

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