I. 9 avril I76G
chez un ami intime de David, et que ce jeune homme passant quelques temps à Londres il était tout naturel qu'il logeât dans la maison de Hume plutôt que de rester abandonné et isolé'.
Et comme le fils de Tronchin partait pour Berliji, mylord Maréchal insiste avec bonté pour faire comprendre à Rousseau comment, sans trahison aucune, luimême va se trouver obligé à certaines complaisances. « J'ai reçu une lettre de Genève d'une dame bien respectée de mes amies, milady Stanhope; elle croit devoir la vie au docteur Tronchin, et me recommande le fils, qu'elle regarde, dit-elle, comme le sien; me voilà dans la nécessité de faire des politesses au fils du jongleur. David Hume, je crois, a été dans le même cas '. »
Venant à l'article des lettres, il lui dit très sagement : « Il ne me paraît pas croyable qu'il ait ouvert vos lettres, il n'est naturellement pas tracassicr"'... » et il lui explique que souvent les lettres sont ouverics à la poste.
(( Je suis dans le plus grand étoiinenient de ce que vous mo dites de David, ajoute-t-il.... Vous avez essuyé tant de persécutions de ces animaux à deux pieds cl sans plumes, et qui ne sont pas si fidèles que les barbets ou les
1. 20 avril 17G6. Celte explication était erronùe. Hume ne coimaissuil pas Tronchin, ne s'était jamais trouvé en relations avec lui, et si le fils du docteur logeait dans la même maison que lui, c'était le fait d'un pur hasard.
2. 'i.j mai 1760. Jtousseau, ses amis el sen ciineinis. 5. ô juillet 1700, Itousscau, ses amis et ses ennemis.
VOLTAlUli ET J.-.I. liOUSSEAU 479
Turcs, qiifi je ne m'étonne pas ([ue vous soyez sur vos gardes avec quelqu'un que vous ne connaissez pas de longue main. Je me tlalte que ces soupçons se dissiperont'. )>
Loin de se dissiper, ils ne firent que s'acccnlut^r. La solitude aidant, Jean-Jacques en aniva au plus violent degré d'exaspération, mais David ignorait tout encore et ne se doutait pas de l'état de son ami.
Lne remarque essentielle à Caire, c'est que Rousseau est de ])onnefoi; il croit ce qu'il dit, il est convaincu que Hume est un traître, il en souffre, il en est désolé, mais une fois celte idée dans la tête, pas de puissance humaine qui puisse l'en faire sortir. C'est avec le désespoir dans l'âme qu'il écrit à M. de Malesherbes :
« De penser qu'un homme avec ({ui je n'eus jamais aucun démêlé, un homme de mérite, estimable par ses lalens, estimé par son caractère, me tend les bras dans ma détresse et m'étouffe quand je m'y suis jeté : voilà, Monsieur, une idée qui m'atterre. Voltaire, d'Alembert, Tronchin, n'ont jamais un instant affecté mon âme, mais quand je vivrais mille ans, je sens que jusqu'à ma dernière heure jamais David Hume ne cessera de m'éire présenta »
Rousseau assure qu'il reste calme au milieu de toutes ces trahisons : « Je suis le premier à rire de toutes leurs folies, dit-il, il n'y a que la noirceur de celui qui sous main fait aller tout cela qui me (rouble