Rousseau à du Pevrou, 10 mai i7G
(( Voltaire, maiide-t-il à dlveniois, a fait imprimer et traduire ici par ses amis une lettre à moi adressée où l'arrogaiioe et la brutalité sont portées à leur comble et où il s'applique, avec une noirceur ^ifernale, à m'attirer la haine de la nation. Heureusement la sienne est si maladroite, il a trouvé le secret d'ôter si bien tout crédit à ce qu'il peut dire, que cet écrit ne sert qu'à augmenter le mépris que l'on a ici pour lui. La sotte hauteur que ce pauvre homme affecte est un ridicule qui va toujours en augmentant. Il croit faire le prince, et ne fait en effet que le crocheteur. Il est si bète qu'il ne fait qu'apprendre à tout le monde combien il se tourmente de moi'. »
Rousseau, par extraordinaire, avait deviné juste. La Lellre à Pansophe élait bien l'œuvre de Voltaiie. On peut se demander quelle était la raison qui poussait le châtelain de Ferney à attaquer de nouveau Jean-Jacques et à déployer un si singulier acharnement contre un ennemi malheureux.
Ce qu'il faut dire pour faire comprendre la conduite du patriarche, c'est que les malheurs n'avaient rendu Rousseau ni plus sage ni plus circonspect, que bien loin de désarmer vis-à-vis d'un homme dont il savait les (;oups si redoutables, il s'obstinait à le harceler de toutes manières. Non content de l'avoir dénoncé dans les Lettres de la montagne, pendant son couit séjour à Paris, il s'empressa de le présenter comme son persécuteur le plus acharné; c'étaitlui, racontait-il, qui l'avait fait chasser de Genève, de Berne, de Neufchàtel,