‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 276 sur 333 · A Damilaville, 3 novembre I7G · texte numérisé non relu

A Damilaville, 3 novembre I7G

Mais l'abbé Coyer' se défend comme un diable, il proteste de toutes ses forces, il écrit lettres sur lettres, il fait tant et si bien, que la conviction de Voltaire est ébranlée et qu'il se demande s'il n'a pas fait fausse route. La lettre ne serait-elle pas de Bordes de Lyon-, qui était en Angleterre à l'époque où la brocbure a paru? Décidément c'est bien lui qui est l'auteur de la lettre, on ne peut s'y tromper, le patriarche le mande à tous ses correspondants, et 'le malheureux Bordes, malgré ses dénégations, reste chargé de la paternité de ce libelle.

Rousseau en douta si peu plus tard qu'il crut avoir fait injustice à Voltaire et que, dans les Confessions, il raconte que ce Bordes, « avec lequel il avait été lié autrefois, saisit le temps de ses malheurs pour composer contre lui d'affreux libelles et qu'il fit un voyage à Londres exprès pour lui nuire >>.

La Lettre à Pansophe, on le devine aisément, ne contribua pas à ramener le calme dans l'esprit de Rousseau. Son humeur chagrine et sombre ne fit que s'en accroître, plus que jamais il se vit entouré de persécuteurs. Ses soupçons contre Hume s'étaient bien vite

1. Coyer (Gabriel-François; (1707-1782) fut ciiargé de l'éducalion du prinre de Turenne, duc de Bouillon. 11 a écrit plusieurs ouvrages sans grande valeur. Une année il vint à Ferney, s'y installa, et l'on eut toutes les peines du monde à l'en faire partir. « Don Quichotte prenait les auberges pour des châteaux, dit le palriarclic, et Tabbé Coyer prend les châteaux pour des auberges. »

2. Hordes (Charles), né à Lyon, mort en 1781. Il publia en 1752 nn discours sur les avantages des sciences et des arts en réponse à celui de J.-J. Rousseau.

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changés en cerlilude cl il ne nu'iKiyoait plus, dans ses lelti'cs, celui que peu de temps auparavant il se plaisait à appeler son bienfaiteur.

Cependant, il n'y avait pas encore de rupture. Hume résidait à Londres et ignorait les propos de Jean- Jacques. Il profitait même de son séjour dans la capitale pour s'efforcer d'obtenir la pension qu'il avait sollicitée dès l'arrivée du philosophe en Angleterre. Walpole lui-même usa de tout son crédit pour que celte faveur fût accordée, et c'est en grande partie à son insistance auprès de son cousin Conway*, secrétaire d'Etat, qu'on obtint un résultat favorable. Le roi, qui craignait les réclamations du clergé, ne mit qu'une condition, c'est qu'on garderait le secret.

Le général Conway écrivit à Rousseau pour l'informer queleroi lui accordait une pension de deux mille francs.

Mais les circonstances n'étaient plus les mêmes : Jean- Jacques s'eulîaitait cette pension tant qu'il supposait que celui qui la sollicitait lui était attaché par les liens de l'amitié, mais comment devenir volontairement l'obligé de celui dont on est trahi? Ne serait-ce pas se rendre le plus vil de tous les hommes"? Donc il se résigne, non sans regrets, à repousser le présent royal, et, sans s'expliquer clairement, il répond à Conway qu'au moins peur le présent, il ne peut accepter. « Loin

1. Suard a laissé dans ses notes sur l'Anglelerre ces deux lignes sui' le général Conway : « Honnête liomme, peu d'esprit, peu instruit, d'un caractère froid mais susceptible de chaleur. »

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