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•J. 12 août i7G6.
hOÎ VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU
ouvertes, et il aurait pu dire au moins que cette accusation ne méritait pas une réponse, mais il fallait le dire; l'autre raison est que ce sont deux terribles amours-propres, qui se donnent en spectacle. Rousseau crie bobo dès qu'on l'approche, il s'aime avec une tendresse singulière, mais il y a à tout cela un caraclère de candeur et de bonne foi qui le rend seulement ridicule; l'autre a en échange un amourpropre bien nourri, qui porte sur lui-même un caractère de réflexion et sur les autres de mépris, cela se sent, cela ne se démontre pas; les criailleries de Rousseau me font rire, le ton flegmatique de Hume m'indispose. Du reste, il est aisé de voir que Rousseau voulait être aimé et qu'il n'a été que protégé, qu'il voulait qu'on ménageât sa sensibilité et qu'on n'a voulu ménager que sa bourse. Il en est de cela comme dans la romance de Tarquin et de Lucrèce, et le défaut de s'entendre fit le malheur de tous deux.
(( On imprime force choses en faveur de Rousseau, et Fréron se met à quatre pour prouver les menteries qu'on débile contre lui; c'est-à-dire qu'il prouve que les menteries sont des menteries; ce Don Quichotisme tient à sa haine contre Voltaire. A Londres on a fait une estampe qui montre Rousseau velu et nu comme un sauv;ige. Hume en fermier anglais l'attire avec un picotin d'avoine, Walpole lui met des cornes et une queue, Tronchin un emplâtre sur le dos, et Voltaire lui bat les jambes comme font les polissons avec un mouchoir noué et mouillé'. >i
Mlle de Bondeli a tort quand elle reproche à Hume de n'avoir pas réfuté « l'accusation des lettres inlerceptces. » H y a des accusations qu'un homme honnête ne peut que mépriser. Ce n'était pas Hume que Rousseau