‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 290 sur 333 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Sommaire : Accusalions de Housscau conlre d'Alembert. — Irrilalioii (le d'Alembert. — l'ublication de V Exposé succinct. — Réponses. — Lettre à Hume, par Voltaire. — Notes de la lettre à Hume. — Jean-Jacques et M. de Monlaigu. — Opinion de Tronehin sur Voltaire et Rousseau. — La guerre de Genève, — Avis aux Sages du siècle, par Dorât. — Les Adorateurs.

Pendant, le cours de ce récit, nous avons toujours vu d'Alembert parler de Rousseau avec beaucoup d'amitié et de considération, nous l'avons toujours vu s'efforcer de pallier ou d'excuser les fautes et les mauvais procédés du Citoyen. Cette attitude, si constamment bienveillante, n'eut pas les résultats qu'on en pouvait espérer. Quand la prétendue lettre de Frédéric parut dans les journaux anglais, Jean-Jacques, qui tout d'abord l'attribua à Voltaire, s'aperçut bientôt, avec sa sagacité habituelle, qu'il faisait erreur : « Elle est de d'Alembert, dit-il; en y jetant les yeux, j'ai connu son style.

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comme si je la lui avais vu écrire'. » A partir de ce moment, sans plus ample informé, et sur un soupçon aussi bien fondé, il mit ce philosophe au rang de ses persécuteurs : « Je regarde le triumvirat de Voltaire, de d'Alembert et de Hume comme une chose certaine, écrit-il. Je ne pénètre pas leur projet, mais ils en ont un. » Il lui était assez difficile, en effet, de deviner le but du triumvirat.

Dans son acte d'accusation contre Hume, Rousseau jugea encore à propos de faii'e intervenir d'Alembert en lui prêtant les sentiments les plus hostiles : « il était depuis longtemps mon ennemi caché, dit-il, et n'épiait que les occasions de me nuire sans se commettre-. » Comme preuve de cette inimitié secrète, il rappelait que lors de son récent passage à Paris, le seul homme de lettre qui ne fût pas venu lui rendre hommage était d'Alembert.

Tant qu'il ne se trouva pas directement mis en cause, tant qu'il ne vit outrager que ses voisins, d'Alembert ne se départit jamais d'une grande modéralion et il ne cessa de prêcher la résignation, l'oubli des injures aux victimes de Rousseau. Du jour où il se vit à son tour attaqué, et injustement soupçonné, il perdit quelque peu de ce calme philosophique qu'on admirait tant chez lui quand les autres seuls étaient en jeu : « Vous vous êtes chargé de montrer l'ours à la foire, mande-t-il furieux à Hume; sa loge qui d'abord était

•1. A du Peyrou, 10 m;u 170C.

i. lOjiiillef 1700.

vn[,T.\nu; et .i.-,i. kousseat r.o;

pleine, est biciitùl ivsléc vide cl il vous en rend responsable'. » C'est sous le coup d'une profonde indigualion (|u"il écril à Voltaire :

(( Pour lo coup, Jcan-Jacquos s'est hÏLMi fait voir ce qu'il est, un fou et un vilain fou, dangereux et méchant, ne croyant à la vertu de personne, parce qu'il n'en trouve pas le sentiment au fond de son cœur, malgré le beau pathos avec lequel il en fait sonner le nom; ingrat, et qui pis est, haïssant ses bienfaiteurs (c'est de quoi il est convenu plusieurs fois lui-même), et ne cherclianl qu'un prétexte pour se brouiller avec eux afin d'être dispensé delà reconnaissance. Croiriezvous qu'il veut aussi me mêler dans sa querelle, moi qui ne lui ai jamais fait le moindre mal, et qui n'ai jamais senti pour lui que de la compassion dans ses malheurs cl quelquefois de la pitié de son charlatanisme ? 11 prétend que c'est moi qui ai fait la lettre, sous le uoni du roi de Prusse, où on se moque de lui. Jean-Jacques est une bête féroce qu'il ne faut voir qu'à travers des barreaux, et loucher qu'avec un bâton...-. ))

Quelques jours après, il lui mande encore : « M. llumc vient de m'envoyer une longue lettre de ce drùlc (car il ne mérite pas d'autre iu)ni), qui excite tour à tour l'indignation et la pitié en la lisant; c'est le commérage et le cailletage le plus plat joint à la plus vilaine àme'. » Il demandait en même temps au patriarche s'il fallait faire imprimer et publier la lettre de Rousseau.

1. 4 août 1706. « Edinburfrh's Royal Society Mss. Humes lifr and correspondenre .

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