‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 291 sur 333 · août · texte numérisé non relu

août

ô. 29 août 1700.

Voltaire aurait pu se donner le plaisir d'exhorter à son tour son correspondant à la modération; il n'aurait eu qu'à lui renvoyer certains passages de ses propres lettres où les mauvais procédés de Jean-Jacques étaient traités de peccadilles sans importance et dont il ne fallait pas tenir compte; il aima mieux se priver de cette vengeance facile et il répondit :

« Oui, sans doute, mon digne philosophe, il faut publier la lettre de ce polisson; les sages qu'il a trompés pendant quelques années doivent s'assembler pour le dégrader. Il était tonsuré en philosophie; il faut écorcher promptement sa tonsure des quatre mineurs. Envoyez-moi, je vous prie, sa lettre avec les commentaires que vous jugerez à propos d'y joindre, et si vous dédaignez de fournir des notes, envoyez le texte tout pur, c'est-à-dire dans toute sa turpitude'. »

On pense bien que cette querelle ne causa pas de tristesse à Ferney. Le châtelain ne pouvait qu'être enchanté de voir Rousseau prouver au monde entier son insociabilité et son ingratitude. Les troubles de Genève, les querelles des Natifs, des Représentants, des Négatifs sont dans toute leur intensité, mais le patriarche abandonne la fourmilière pour se moquer de « ce polisson, devenu un scélérat par excès d'orgueil ».

Pas une lettre ne sort de Ferney sans un sarcasme à son adresse : « Pourquoi ne l'a-t-on pas mis à Bedlam? ce petit bonhomme aurait été enchanté d'y être logé

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