‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 295 sur 333 · Au pasteur Houstan, 7 seiilembre · texte numérisé non relu

Au pasteur Houstan, 7 seiilembre

VitLTAlKK ET .1 -J. ROUSSEAU 515

au piihlic If i(''(il (le ses rolalioiis avec le citoyen de Genève ' .

Kii lui eonniiiMii(juaMl la décision de l'aréopage lillélaire, d'Alembert ne dissiniula pas à David ([ue dans certaines coteries il passait [)our avoir collaboré à la prétendue Lellre du roi de Prusse et qu'on expliquait ainsi l'indignation de Rousseau; il l'exhortait à se justifier. Hume ne put mieux faire que de s'adresser à Walpole lui-même en lui soumettant le cas: il en reçut cette réponse catégorique :

« Je ne peux pas me rappeler avec précision le temps où j'ai écrit la Lettre du roi de Prusse; mais je vous assure avec la plus grande vérité, que c'était plusieurs jours avant votre départ de Paris et avant l'arrivée de Rousseau à Londres; et je peux vous en donner une forte preuve, car non seulement, par égard pour vous, je cachai la lettre, tant que vous restâtes à Paris, mais ce fut aussi la raison pour laquelle, par délicatesse pour moi-même, je ne voulus pas aller le voir, quoique vous me l'eussiez souvent proposé. Je ne trouvais pas qu'il fût honnête d'aller faire une visite cordiale à un homme, ayant dans ma poche une lettre où je le tournais en ridicule. Vous avez pleine liberté, mon cher Monsieur, de faire usage, soit auprès de Rousseau, soit auprès de tout autre, de ce que je dis ici pour votre justification : je serais bien fâché d'être cause qu'on vous fit aucun reproche. J'ai un mépris profond pour Rousseau et une parfaite indifférence sur ce qu'on pensera de cette alTaire, mais s'il y a en cela quelque faute, ce que je suis bien loin de croire, je la prends sur mon compte. 11 n'y a point de talents

l . Ediuburghs lioyal Society, Mss. Itumc's Ifir and coirespondeitcc.

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qui m'empêchent de rire de celui qui les possède, s'il est un charlatan; mais s'il a de plus un cœur ingrat et méchant, comme Rousseau l'a fait voir à votre égard, il sera détesté par moi comme par tous les honnêtes gens, etc.'. »

Hume écrivit donc VExposé succinct de la conlcslation survenue entre M. Rousseau et M. Hume, et, comme il l'avait promis, il mit sous les yeux du public les pièces mêmes du procès. Dès que l'ouvrage fut terminé, il l'adressa à Suard en le chargeant de la traduction et de la publication ; il le priait en même temps de s'entendre avec d'Alemberl. « qu'il laissait absolument mailre de retrancher ou d'altérer ce que bon lui semblerait pour mettre l'ouvrage à la latitude de Paris'. »

« Vous avez désiré que je fusse votre traducteur, lui répond Suard, et je n'avais pas besoin de tous les sentiments qui m'attachent à vous pour me charger de ce travail avec plaisir. Votre cause me paraissait celle des honnêtes gens et surtout celle des amis de la philosophie. 11 y a longtemps que je regardais Rousseau connue un profond et dangereux charlatan, qui avait passé sa vie à recevoir des bienfaits de tout le monde et à faire tout le mal qu'il avail pu à ceux qui lui avaient fait le plus de bien''. »

Loin de se refuser au service que Hume lui demandait, d'Alembert employa tous ses soins à la publication de V Exposé succinct; il revit l'ouvrage en entier, le corrigea

\. Arlington street, 20 juillet 1706. Exposé succinct.

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