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et M. de Taules, secrétaire du plénipotentiaire, déterra dans « rénorme falras du dépôt des affaires étrangères » plusieurs lettres adressées par Jean-Jacques à M. du Theil, premier commis'.
Après sa rupture \iolenle avec M. de Montaigu, qui avait eu pour lui d'indignes procédés, Rousseau s'était empressé d'écrire à M. du Theil pour demander justice ; malheureusement ses lettres furent écrites dans un •style singulier et qui prêtait fort à l'équivoque. On peut juger de la joie du patriarche quand il posséda une lettre ainsi conçue :
« J'ose porter jusqu'à vous, écrivait -Jean-Jacques le 8 août 1744, mes très justes et très respectueuses plaintes contre un ambassadeur du roi, et contre un maître dont j'ai mangé le pain. . . . Il y a quatorze mois que je suis entré au service de M. le comte de Montaigu en qualité de secrétaire. Ce n'est pas à moi d'examiner si j'étais capable ou non de cet emploi; il est certain que j'ai toujours plus compté sur mon zèle que sur mes talents pour le bien remplir....
« M. l'ambassadeur a enfin pris le parti de me congédier : je comptais que la chose se passerait avec l'honnêteté accoutumée entre un maître qui a de la dignité ot un domestique honorable, à qui quelques défauts particuliers ne doivent point ùler les égards dus à son état, à son zèle et à sa probité. Je me suis trompé. .M. l'ambassadeur, qui s'est fait des maximes de con-
I. Il n'esl pas question de Rousseau dans la correspondanco ofliciolle des afldires étrangères, son nom n'esl même pas prononcé.
YOl.TAIBi; I;T .I.-.F. IUMSSKAU .Vil
Ibndro tous ceux qui sont à son scrvico sous le vil lilrc (le valets, et de traiter tous les gens qui sortent de sa maison comme autant de coquins dignes de la potence, a jugé à propos d'exeicer avec moi celle étrange [udilique. Après des procétlés inouïs, après avoir manqué à la plupart de ses engagements, M. l'ambassadeur voulut avant-hier me faire ce qu'il appelait mon compte, (le fut d'un ton à faire trembler (pie ce compte fut commencé; les termes dont il se servit, les épithètes . odieuses dont il nraccal)la, furent aulanl de préparatifs pour m'intimider et me rendre docilt? aux injustes réductions qu'il me faisait.... Enfin, S. E. ne pouvant m'obliger à consentir à passer ce compte comme elle le voulait, me proposa en termes très nets d'y souscrire ou de sautei- par la fenêtre, jurant de m'y faire jcteisur-le-champ; et je vis le moment qu'i^lle se mcllait en devoir d'exécuter la menace elle-même...
« Dans une telle situation, pardonnez, Monsieur, la liberté que je prends d'employer voire protection contre les cruels traitements que M. l'ambassadeur exerce sur le plus zélé et le plus fidèle domestique qu'il
aura jamais (e sais, Monsieur, combicm de préjugés
sont contre moi, je sais que dans les démêlés entre le maître et le domestique c'est toujours le dernier qui a tort; je sais d'ailleurs qu'étant entièrement inconnu, je n'ai personne qui s'intéresse pour moi ; votre générosité et mon bon droit sont mes seuls protecteurs'.... »
1. Il y a encore uno aulre lettre de Rousseau .'i M. du Tlieil, du 1.") août 174i, conçue dans des termrs analogues.
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Enchanté d'une pareille trouvaille et comprenant le parti qu'il pouvait tirer de l'ambiguïté des termes de cette correspondance, Voltaire se hàla d'écrire à ses amis de Paris que Rousseau était un impudent menteur, que jamais il n'avait été secrétaire de M, de Montaigu, mais bien son valet, qu'on l'avait chassé à coups de bâton, etc., et pour qu'on ne pût douter de ses affirmations, il confia à Damilaville les copies mêmes des lettres.
Mais ce n'était pas suffisant de les répandre sous le manteau, Voltaire voulut les faire imprimer; il sollicita de M. de Beauteville une autorisation qui lui fui accordée : c'est ainsi que les Notes à la lettre de M. de Voltaire à Hume contenaient les extraits les plus compromettants des missives de Rousseau'.
L'origine de ces lettres fut soigneusement dissimulée et le libelliste anonyme avait soin de déclarer qu'elles avaient été Irouvées par hasard chez les héritiers de M. duTheil^
Il est bien évident que le mot domestique n'avait nullement dans la pensée de Rousseau le sons de valet, mais l'expression était malheureuse et Voltaire l'exploita cruellement.
En réalité Jean-Jacques ne fut ni secrétaire d'ambassade ni valet; il remplit simplement auprès de l'ambassadeur
1. Mémoires de Wagiiière. Après la mort de Voltaire los copies de ces lettres passèrent entre les mains de l'impératrice de Russie comme tous les papiers et les livres du philosophe.
2 Le fds de M. du Thoil réclama par une lettre du 10 décembre 17G6, adressée à Fréron et insérée dans V Année lillérairc. Il écrivit également à Rousseau; sa lettre se trouve dans les manuscrits de Neufchâtel.
VOI.TAIRK KT .l.-.l. HOl'SSEAU oW
les fonctions de secivlaire parlicnlicr : toul lo prouve, el les dépèches qu'on lui dictait, et les gages qu'il recevait, et la désinvolture avec laquelle M. de Montaigu le remercia.
Le philosophe crut devoir se défendre contre les imputations lancées contre lui et il écrivit à M. de Chauvel le 5 janvier 17G7 ;
« Je ne me souviens point exactement de ce que j'écrivis, il y a vingt-trois ans, à M. du Theil : mais il est vrai que j'ai été domestique de M. de Montaigu, ambassadeur de France à Venise, et que j'ai mangé son pain, comme ses gentilshommes étaient ses domestiques et mangeaient son pain : avec celte différence, que j'avais partout le pas sur les gentilshommes, que j'allais au sénat, que j'assistais aux conférences, et que j'allais en visite chez les ambassadeurs el ministres étrangers ; ce qu'assurément les gentilshommes de l'ambassadeur n'eussent osé faire. Mais bien qu'eux et moi fussions ses domestiques, il ne s'ensuit point que nous fussions ses vatels. Il est vrai qu'ayant répondu sans insolence, mais avec fermeté, aux brutalités de l'ambassadeur, dont le ton ressemblait assez à celui de M. de Voltaire, il me menaça d'appeler ses gens, et de me faire jeter par les fenêtres. Mais ce que M. de Voltaire ne dit pas, et dont tout Venise rit beaucoup dans ce temps-là, c'est que sur cette menace, je m'approchai de la porte de son cabinet, où nous étions; puis l'ayant fermée, el mis la clef dans ma poche, je revins à M. de Montaigu, et lui dis : « Non pas, s'il vous plaît, Monsieur (( l'ambassadeur. Les tiers sont incommodes dans lesexplicai( lions. Trouvez bon que celle-ci se passe entre nous. » A Tinstant Son Excellence devint Irès-poli : nous nous séparâmes l'oit honnêtement: elje sortis de sa maison, non pashonteu-
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sèment, comme il plaît à M. de Voltaire de me faire dire, mais en triomphe. »
Il est à remarquer que Rousseau n'a pas fait mention dans ses lettres à M. du Theil de celte scène avec l'ambassadeur.
Les Notes sur la lettre de Voltaire à Hume se terminaient par d'incroyables violences de langage :
« Aiusi, en insultant toutes les nations, toutes les conditions de la vie, tous les arts qu'il a voulu lui-même cultiver, et tous les hommes avec lesquels il a vécu, cet écrivain s'est llatté d'usurper par une insolence cynique, une réputation qu'on n'acquiert jamais que par le génie. 11 a calomnié les philosophes qui l'avaient reçu, protégé et instruit; ingrat envers ses maîtres, envers ses amis, envers ses bienfaiteurs; recevant l'aumône d'un bourgeois inconnu parce qu'il croit qu'on n'en saura rien S et la refusant de la main d'un prince parce qu'il croit qu'on le saura; il s'est imaginé que ses bizarreries lui feraient un nom.
it 11 appelle M. Troncliin jongleur, dans sa lettre h M. Hume, tandis que liii-mênie pousse le charlatanisme jusqu'à s'habiller à lorientale à Paris et en Angleterre, pour attirei' sur lui les regards de la populace, qui le dédaigne.
« 11 parle de mœurs et de décence, et de la sainte vertu. Cela s'accorde mal avec les suites des récréations philosophiques qu'il prenait dans ces lieux honnête's où il oubliait la Suissesse russe, Mme de Volmar. Celui qu'il traita de Jon^/ewr lui a fourni le chirurgien dont la main, tout habile qu'elle est, n'a pas plusgnéri son corps par ses opérations gratuites