‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 305 sur 333 · I. Manuscrits Tronchin, 8 octobre 176t · texte numérisé non relu

I. Manuscrits Tronchin, 8 octobre 176t

550 VULTAIRi: ET J.-J. KUl'SSEAI"

Au dieu du jour ignorés à jamais :

C'est de Rousseau le digne et noir palais.

Là se tapit ce sombre énei-gumène,

('et ennemi de la nature humaine,

Pétri d'orgueil et dévoré de fiel ;

Il fuit le monde, et craint de voir le ciel :

El cependant sa li'iste et vilaine âme

Du dieu d'amour a ressenti la flanune;

11 a trouvé, pour charmer son ennui,

Une beauté digne eu effet de lui.

C'était Caron, amoureux de Mégère.

Cette infernale et hideuse sorcière

Suit en tous lieux le magot ambulant,

Comme la chouette est jointe au chat-huant.

L'infâme vieille avait pour nom Yaehine,

C'est sa Circé, sa Didon, son Alcine.

L'aversion pour la terre et les cieux

Tient lieu d'amour à ce couple odieux.

Si quelquefois, dans leurs ardeurs secrètes.

Leurs os pointus joignent leurs deux squelettes.

llans leurs transports ils se pâment soudain

Du seul plaisir de nuire au genre Iniuiain.

Toutes ces lettres, tous ces libelles injurieux que les philosophes ou soi-disant tels se prodiguaient à l'envi, amusaient inconleslablement le public, mais faisaieni tort à la philosophie. Le poète Dorai', liouvant que ces querelles intestines manquaient de dignité, voulut rappeler Voltaire et Uousseau au sentiment des con-

i. Dorât (Claudc-Josqili, (1754-1780), poète assez connu par ses é])i- ;ranimes el par les piècc-s noiiilireiisos qu'il a (ait rejirésenter.

VOI.TAIKE 1;T .I.-.I. IIOL'SSK.VC oôl

vcnanct's cl il ('ciivil un .lr/.s ((//' SfKie.s du siècle^ où il leur piècliait la iiiodcratioii.

Sagos fameux, qu'alloz-\uu> laiie '.' Laissoz los dogues d'Angleterre S'ciiUe-inordre, se décliii'er :

Vous sied-il d'amuser la lerie?

Vous (''tes faits pdur Téelairer.

(J mes maîtres! ne donnez pas l/exemple de ces vils combats Oui font rougir chaque adversaire.

Pour riionneui- de riiumanité, Sdvez unis, daignez m'en croire; Vous avez la célébrité, Il faut songer à votre gloire.

Soyez toujours nos bienfaiteurs; El, plus dignes de nos hommages.

Achevez enfin par vos mœurs Ce ([u'oni ébauché vos ouvrages-.

A la lecture de cette pièce qui non seulement laissait planer sur ses mœurs un doule blessant, mais encore le mettait en parallèle avec Jean-Jacques. Voltaire ressentit une vive indignation. Il connaissait le marquis de Pezay'', ami intime et élève de Dorât; il lui écrivit aussitôt j)Our se [daindre d'avoir été confondu

Page 1