février
2. Le cercueil de VoUaiie était en bois, Mme Denis ayant trouvé qu'un cercueil de plomb coûterait trop cher.
3. C'est seulement en 1822 que le bruit se répandit que les sépultures de Rousseau et de Voltaire avaient été profanées. Le 25 mars 1822, M. Stanislas Gérardin interrogea le ministre de l'intérieur à la Chambre des députés et, se faisant l'interprétre de l'émotion publique, le somma de diie ce que ces dépouilles étaient devenues. M. de Corbiéres, minisire
Peut-on méconnaître l'étrange fatalité qui pesa sur ces deux hommes qui, à eux seuls, représentent le dix-huitième siècle? Peut-on méconnaître le singulier enchaînement de circonstances qui, après avoir créé entre eux pendant leur vie les plus étonnants contrastes, après en avoir fait des ennemis irréconciliables, les réunit d'abord dans une apothéose commune au Panthéon, leur infligea ensuite une fosse commune, la voirie.
de l'intérieur, répondit : « Elles ont été déposées dans les caveaux de l'ég-lise Sainte-Geneviève et elles y sont encore. » On se contenta de cette affirmation, mais en 1864, lorsque les héritiers du marquis de Villette, firent don à l'Etat du cœur de Voltaire, l'empereur décida qu'il serait déposé dans le cercueil qui renfermait les restes du poète. Monseigneur Darboy, consulté et sollicité d'autoriser l'ouverture des tombeaux, répondit qu'avant de rien faire il était bon de s'assurer que les restes de Voltaire n'en avaient pas été enlevés en 1814. C'est ce qui eut lieu; on ouvrit le tombeau pendant la nuit, il était vide. (Intermédiaire. 15 mars 1764.)
CO.XCLISIO.N
Nous disions au commencement de cet ouvrage : « En suivant Jean-Jacques dans ses rapports avec les autres philosophes de l'époque, avec les pasteurs de l'Église réformée et avec le gouvernement de Genève, nous verrons s'il fut réellement, de la part du patriarche de Ferney, l'objet d'une persécution que rien ne saurait excuser, ou s'il n'a pas été plutôt le jouet de ses hallucinations et le propre artisan de ses infortunes. »
Nous avons fidèlement observé ce plan, et nous espérons avoir enfin disculpé Voltaire de l'accusation qui, depuis si longtemps, pèse sur sa mémoire.
En montrant par le récit impartial des faits que Rousseau a toujours été l'agresseur, qu'il n'a épargné personne, qu'il a successivement traité de persécuteurs tous ses amis, nous croyons avoir prouvé que, pour Voltaire, comme pour tous ceux qu'il a accusés, le citoyen de Genève a été le jouet de ses hallucinations.
En montrant la hardiesse de ses écrits, les impru-
dences de sa conduite, la démence véritable qui inspirait toutes ses actions, nous croyons avoir prouvé qu'il fut le propre artisan de ses infortunes.
Si, dans noire travail, nous avons donné à Rousseau une part beaucoup plus large qu'à Voltaire, c'est que la vie du citoyen de Genève est infiniment moins connue que celle du philosophe de Ferney et qu'il y a de précieux enseignements à en tirer au point de vue du jugement que l'on doit porter sur l'homme.
Si nous nous sommes appesanti sur certains incidents de la vie de Jean-Jacques, peut-être un peu en dehors de notre cadre, c'est que nous n'avons rien voulu négliger de ce qui pouvait contribuer à faire connaître le caractère de cet homme singulier dont les malheurs sont devenus légendaires.
Nous n'avons pas plus dissimulé les violences de Voltaire que les fautes de Rousseau. Sur l'un comme sur l'autre de ces deux philosophes, nous avons tout dit, uniquement préoccupé de faire ressortir ce qui nous a paru être la vérité.
Nous avons toujours cité les textes à l'appui de notre dire, et, si notre jugement s'est égaré, le lecteur a pu le réformer puisqu'il a eu les documents mêmes sous les yeux.
Notre étude ne serait pas complète si nous ne résumions maintenant dans un rapide exposé ce qui ressort de ces trente dernières années de la vie de Rousseau ; si nous ne montrions le philosophe tel qu'il nous apparaît après ce long récit.
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Nous venons de l'ubseiver cl de l'étudier pendant la période la plus intéressante de son existence. Nous l'avons vu jouir tout d'abord d'une renommée universelle et jeter un incomparable éclat, puis, aigri par la maladie et les soupçons, s'isoler peu à peu et terminer SCS jours dans l'oubli et la solilude.
Sans cesse nous l'avons vu se plaindre de la méchanceté des humains et accumuler preuves sur preuves pour démontrer l'existence de celte conspiration universelle dont il se dit la victime innocente.
Nous venons de le voir, pour défendre sa mémoire, écrire successivement les Confessions, les Dialogues, les Rêveries.
Il a toujours cru que ses ennemis, « semblables aux vils corbeaux qui s'acharnent sur les cadavres, l'altaqueraienL violemment après sa mort* », etpersonne ne s'est montré plus soucieux (|ue lui du jugement de la postérité, personne plus que lui ne s'est efforcé de le prévenir en sa faveur.
Peut-on ajouter foi aux ouvrages qu'il a laissés pour éclairer les générations futures? Lui-même se charge de nous répondre : « Je n'ai jamais mieux senti mon aversion naturelle pour le mensonge, dit-il, qu'en écrivant mes Confessions. . . . Oui, je le dis et le sens avec une fière élévation d'âme, j'ai porté dans cet écrit la bonne foi, la véracité, la franchise, aussi loin, plus loin môme, au moins,jelecrois, que ne fitjamais aucun autre homme'. »