Janvier 1759. Streckeisen-Moultou
5. C'était le nom que portait la propriété des Délices avant (lavoir été acquise par Voltaire,
VOLTAIRE I:T J.-,I. ROUSSEAU lt>
très humbles siijols du comte de Tournay? Était-ce donc les mœurs de ces sybarites-là (\uo vous étioz appelé à peindre, et deviez vous seuloment vous souvenir que ces hommes étaient Genevois, apiès qu'ils l'avaient si indignement oublié eux-mêmes?' »
La Lettre sur les spectacles ne fit pas à Genève une moindre sensation qu'à Paris. Elle excita dans la bourgeoisie qui y était flattée outre mesure le plus grand enthousiasme, et dès lors Rousseau devint l'idole des bourgeois de Genève. Ils prirent même lellement au sérieux sa diatribe contre le théâtre, que le patriarche devint pour eux un objet d'horreur, qu'à plusieurs reprises ils l'insultèrent, et que souvent le matin on trouvait affichés sur les murs du château des placards menaçants et injurieux. La longanimité du châtelain était donc d'autant plus méritoire qu'il voyait à quel point les attaques de Rousseau portaient leurs fruits et soulevaient les passions populaires. U comprit dès lors qu'il ne serait pas le plus fort sur le territoire de la République et qu'il pouvait renoncer à l'espoir d'établir jamais un théâtre aux Délices. Il prit donc la résolution d'émigrer sur une « terre libre ». 11 acheta dans le pays de Gex les terres de Ferney et de Tournay, où il lui était loisible de faire jouer la comédie tout à son aise :
« Je me ruine, je le sais bien, écrivait-il, mais il m'a fallu absolument être seigneiu' de Ferney et de Tournay, parce