‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 37 sur 333 · octobre 17G · texte numérisé non relu

octobre 17G

VOI,T.VIUK 1:T J.-J. ROISSEAU 77

Il en l)c\tissail en effet, et même deux, de peur d'en manquer. ■ Tiin à Tournay, Tauli-e à Ferney. De j)lus, grâce à sa protection, une troupe ambulante s'installait à Carouge, sur le territoire sarde, où elle donna des représentations. Ce fut là la petite vengeance du philosophe : les Genevois ne voulaient pas de spectacles, il en établit trois à leurs portes et il eut la satisfaction d'y voir venir en foule les fils de la puritaine Genève.

Dès que son théâtre de Tournay fut terminé, il commença une série ininterrompue de repi'ésentations où se pressait toute l'aristocratie genevoise; on ne se contentait pas d'être spectateurs, les plus grands noms de Genève, des fils des syndics, figuraient sur la scène. Aussi l'exaspération de Moultou ne connaissait-elle plus de bornes :

« Sans mentir. Monsieur, écrivait-il à Rousseau, cet homme nous a fait beaucoup de mal.... il vous réfute d'une autre manière que d'Alerabert, et avec des succès bien humiliants pour lui. A soixante ans, Monsieur, il se donne en spectacle avec des écervelés de quinze, pour amuser des radoteurs et des enfants. Voilà la misère des grands talents qui ne sont pas élayés par un grand fond de raison, ils ne font qu'un bouffon d'un Voltaire.. .^ »

Il y avait à Genève, nous l'avons vu, deux partis très tranchés. L'un, composé de toute l'aristocratie, soutenait Voltaire et les innovations qu'il cherchait à apporter. L'autre, plus austère, et à la tête duquel

Page 1