‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 55 sur 333 · mai · texte numérisé non relu

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(( M. l'abbé Trublet me marque qu'il tient la feuille en réserve* et ne la prêtera point sans mon consentement, qu'assurément je ne donnerai pas : mais cet exemplaire peut n'être pas le seul à Paris. Je souhaite, Monsieur, que cette lettre n'y soit pas imprimée, et je ferai de mon mieux pour cela ; mais si je ne pouvais éviter qu'elle le fût, et qu'instruit à temps je pusse avoir la préférence, alors je n'hésiterais pas à la faire imprimer moi-même. Cela me parait juste et naturel. »

En ce qui concerne l'abbé Trublet, le récit de Jean- Jacques était exact. Cet abbé l'avait prévenu dès le 1 5 j uin qu'il venait de recevoir la Lettrée sin^ la Providence.

« Je n'avais jamais entendu parler de cet écrit, disait l'abbé, et il en est de môme de toutes les personnes à qui j'en ai parlé, parmi lesquelles plusieurs sont de vos amis, entre autres, MM. Duclos et d'Alembert....

« Elle (cette lettre) est pourtant bien propre à faire du bruit ; elle est de vous, à l'auteur le plus célèbre, et très digne de l'un et de l'autre. Je me perds donc dans l'énigme de cet incognito et j'ose vous en demander le mot. En attendant je n'ai voulu prêter mon exemplaire à personne; j'en excepte le père Berthier qui me le renvoya le lendemain. Je vous avouerai encore que j'ai lu voire dite lettre à deux ou trois de nos philosophes et vous croyez bien qu'ils m'ont fort prié de la leur prêter. Je les ai refusés et elle ne sortira point de mes mains, à moins que vous ne me le permettiez. L'un d'eux me dit que cela serait bon à réimprimer dans les circonstances. Oui et non; mais cela serait curieux et dés lors très recherché. Qu'en pensez-vous^? »

1. La feuille de Formey qui reproL]uii^ait la Lettre sur la Providence.

2. L'aljbo Trublet à Rousseau, l'aris, 13 janvier 17G0. — Inédite. Bibliollié(iuc de Neufchâtcl. Mss.

VOLTAIIIE ET J.-J. KOUSSEAU 115

Voilà ce qu'cciil l'aLbc le 15 juin. Rousseau approuve sa réserve puisqu'il mande le 17 à Voltaire qu'il ne laissera jias Trublct communiquer la lettre, et qu'il fera de son mieux pour en empêcher la publication.

Mais ce qu'il ne dit pas, c'est que trois jours auparavant il s'est adresse à M. de Malesherbes, pour lui demander ce qu'il penserait de l'impression de cette lettre. Ce magistrat lui répondait le 17 :

« Je n'ai aucune connaissance, Monsieur, des éditions de vos œuvres faites à Paris, ni de la lettre qui a été imprimée à Berlin ; vous vous opposeriez inutilement à ce qu'elle parût eu France, et le meilleur parti que vous ayez à prendre, est de la faire imprimer promptement à Paris'. »

Rousseau reçoit cette lettre le 18", le 19 il trouve un imprimeur et il s'empresse aussitôt d'en prévenir le directeur de la librairie.

1. Inédite. Paris, 17 juin 17G0. Bibliothèque de Neufchàtel. Mss.

2. Le 18, Rousseau écrivait encore à Trublet en lui recommandant de la façon la plus absolue de ne laisser voir la lettre à âme qui vive ; en même temps il lui parlait de son projet de la faire imprimer et l'interrogeait sur ce que pourrait en penser M. de Malesherbes. L'abbé répondait le 21 : « J'ai reçu, Monsieur, la réponse que vous avez bien voulu me faire. Je me conformerai très exactement à vos intentions, et votre lettre à M. de Voltaire no sortira pas de mes mains. Je ne la lirai même à personne si vous l'exigez. Je vois souvent M. de Malesherbes et je puis lui demander son avis sur l'impression de votre lettre, mais, 1° il faudrait la lui confier, et il pourrait bien la confier à d'autres, à quelque censeur royal, pour avoir son avis, et, en ce cas, il serait à craindre que le consulté ne la confiât encore à d'autres, et qu'enfin, à force de passer par différentes mains, il n'en fût tiré copie; 2° je ne crois pas que M. de Malesherbes fùl d'avis de l'impression, surtout dans les circonstances présentes. Je ne lui parlerai donc point jusqu'à nouvel ordre de votre part. » {Inédile. Bibliothèque de Ncufchàtel. Mss.)

(( ... J'ai suivi, Monsieur, votre conseil, au sujet de ma lettre à M. de Voltaire, et j'ai prié mes voisins de campagne, MM. Guérin et de la Tour, de l'imprimer, quand ils en auront reçu de vous la permission. Je suppose que BI. l'abbé Trublct aura bien voulu leur communiquer son exemplaire pour vous être présenté. Sinon, je lui remettrai ma copie et nous nous passerons des notes de M. de Formey. J'ai dessein d'y joindre un autre petit morceau extrait de Platon sur l'imitation théâtrale, d'une métaphysique assez ennuyeuse, mais qui, se rapportant à un sujet que j'ai traité, devient intéressant pour moi. Agréez, Monsieur, mes très humbles excuses et mon profond respecta d

M. de Malesherbes répond le 25 juin :

« Dés que l'abbé Trublet vous aura remis le manuscrit, ou que vous aurez pris le parti de faire imprimer sur le vôtre, envoyez-le à M. Galley; je l'en préviendrai, et je m'arrangerai pour que la permission soit expédiée tout de suite, sans m'écrire à Malesherbes et attendre ma réponse-. »

Le jour môme l'autorisation était obtenue sans que l'on fût encore en possession de la pièce originale, détenue par l'abbé Trublet".

(( Il est permis à M. Guérin d'imprimer la lettre de

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