Julie von Dondell, p. 2G
2. Necker (Louis), fils de Charles Frédéric et frère du ministre do Louis XVI. ?sé à Genève en 1750. Elève de d'Alombcrt, professeur de malliématiques en 1757, correspondant de l'Académie des sciences de Paris; il a fait les articles Forces et Fuotteuems dans VEncijcloprtlie.
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lui; il a fait du bruit. Necker qui ne savoit rien est venu.
V l'a vu arriver et lui a tiré un coup de pistolet sur
l'escalier, dont il est blessé, et est parti sur-le-cliamp pour Morges où il est, après avoir publié son déshonneur à tous les voisins. Necker est au lit très mal de désespoir plutôt que de sa blessure et il convient de tout. Comme le mari veut le divorce, sa femme doit partir demain et il le demandera sous le prétexte d'une désertion malicieuse; mais ce qu'il y a à craindre, c'est que Necker est si passionné qu'on a peur qu'il n'abandonne ses enfans et ne la suive. Ce qu'il y a encore d'affreux, c'est que le mari prétend que le dernier de ses enfants n'est pas à lui et le veut dejeter. Voilà de grandes horreurs*. »
Quelques jours plus tard elle écrit encore :
{( On n'est occupé que de l'affaire de Necker ; depuis le Conseil jusqu'au savetier, elle fait un bruit horrible; on a ôté
hier les enfans à Mme Y et elle est partie ce matin
pour la Savoye....; voilà deux personnes qui s'étoient fait des réputations, tombées du clocher en bas; cette femme est une grande malheureuse, son mari l'a tirée de la crasse, l'a soignée dans ses maux, l'a adorée et l'adoi'e encore. On dit encore qu'il la trouva il y a trois ans avec un homme qu'on ne nomme pas, et qui refusa de se battre avec lui, qu'il leur pardonna à tous deux et que peu de temps après elle forma son intrigue avec Necker, du vivant de sa femme, qui, à ce qu'on prétend, en est morte de cliagriu ; il a avoué tout et dit qu'il ne lui reste plus qu'à mourir pour expier ses fautes et réparer le tort qu'il a fait à celle femme ^ »
1. Inédite. Bibliothèque de Genève. Mss. — La procédure engnf^co à ceUe époque et dont les pièces se trouvent aux archives de Genève
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Ce l'àchciix événement souleva une grande indignation à Genève. Les partisans de Rousseau en profilèrenl pour renouveler leurs plaintes amères contre le seigneur de Tournay et son théâtre; une austérité Spartiate s'empara de la bourgeoisie, qui trouvait fort mauvais que l'aristocratie assistât à des spectacles dont ellemême était privée : « M. de Voltaire, écrit de Lubières, n'est pas bon à donner aux chiens dans un certain ordre de gens qui ont intérêt à faire les sévères, ou qui portent envie aux plaisirs des autres, ou qui se livrent à l'enthousiasme qui a saisi contre lui la bourgeoisie. »
Sans se soucier de l'orage qui grondait sur sa tète, le patriarche continuait gaiement ses représentations. Il poussa môme l'audace jusqu'à narguer le Consistoire sur son propre terrain et il osa faire jouer une comédie aux. Délices. On était en octobre 1760, au moment des grandes fêtes de Tournay. Poussé par la clameur publique, le Consistoire fit au Magnifique Conseil de solennelles représentations. Il fallut sévir.
On interdit formellement à Voltaire tout essai théâtral sur le territoire de la République, et les Genevois sont vivement exhortés par les pasteurs à s'abstenir de figurer à Tournay soit comme spectateurs, soit comme acteurs. Terrifiée parles menaces du clergé, une grande partie de rarislocratie se soumet; à part quelques rares fidèles, personne n'ose plus se rendre à Tournay ; on
démontra l'innocence de Mme V et de M. Necker. Ce dernier cependant
dut quitter la ville.
joue devant des banquettes vides; bientôt les acteurs eux-mêmes disparaissent ' .
C'est alors que la colère de Voltaire, si longtemps contenue, éclate. Les pasteurs et la religion calviniste reçoivent le premier coup :
« Nous avons eu, depuis peu, un cocu à Genève, écrit le philosophe à d'Argens. Ce cocu, comme vous savez, tira un coup de pistolet à l'amant de sa femme. La petite Église de Calvin, qui fait consister la vertu dans l'usure et dans l'austérité des mœurs, s'est imaginé qu'il n'y avait de cocus dans le monde que parce qu'on jouait la comédie. Ces maroufles s'en sont pris aux jeunes gens de leur ville qui avaient joué sur mon théâtre de Tournay, et ils ont eu l'insolence de leur faire promettre de ne plus jouer avec des Français, qui pourraient corrompre les mœurs de Genève ^ »
Rousseau, cause première de ce déchaînement contre le tliéàtre, n'est pas oublié : « Le polisson! le polisson! s'écrie Voltaire indigné, s'il vient au pays, je le ferai mettre dans un tonneau avec la moitié d'un manteau sur son vilain petit corps à bonnes fortunes". » Et comme il n'ignore pas que c'est lui qui par dessous main pousse les pasteurs, il ne peut s'empêcher de s'écrier : « Jean-Jacques est un Jean F... qui écrit tous les quinze jours à ces prêtres pour les échauffer contre les spectacles*. »