‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 6 sur 333 · Confessions. Partie II, livre VII · texte numérisé non relu

Confessions. Partie II, livre VII

2. Si Jean-Jacques avait eu l'esprit de soumettre à Voltaire les rao- (liticatious apportées dans les vers de la Princesse de Navarre, il avait eu le tort de loucher à la musique et de n'en pas prévenir Rameau; or, Rameau était intime chez Mme de la Popelinière; il se vengea d'un manque d'égards en faisant tomber la pièce.

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qualité de secrétaire à neuf cents livres d'appointements chez cette même Mme Dupin, pour laquelle il avait éprouvé une passion aussi éphémère qu'inopportune.

Mme Dupin était fille du célèbre financier Samuel Bernard* et de Mme Fontaine^ :

« Sa maison, dit Rousseau, aussi brillante alors qu'aucune autre dans Paris, rassemblait des sociétés auxquelles il ne manquait que d'être un peu moins nombreuses, pour être d'élite dans tous les genres. Elle aimait à voir tous les gens qui jetaient de l'éclat : les grands, les gens de lettres, les belles femmes. On ne voyait chez elle que ducs, ambassadeurs, cordons bleus. Mme la princesse de Rohan, Mme la comtesse de Forcalquier, Mme de Mirepoix, Mme de Brignoli, Milady Hervey, pouvaient passer pour ses amies. M. de Fontenelle, l'abbé de Saint-Pierre, Pabbé Sallier, M. de Fourmont, M. de Bernis, M. de Buffon, M. de Voltaire, étaient de son cercle et de ses dîners''. »

Rousseau se trouva donc bientôt en relations non seulement avec beaucoup de grands seigneurs, mais aussi avec tout ce qui portait un nom dans la littérature. Son esprit se développa singulièrement dans la fréquentation de ce monde qui jusqu'alors lui était

i. Bernard (Samuel) s'enrichit sous le ministère de Chamillard. Il fit trois fois faillit: aussi en mourant, en 1739, sa fortune s'éievail-elle, diton, à jjIus de trente-trois milloiis.

2. Elle avait épousé en 1702 Louis-Guillaume de Fontaine, commissaire des galères ; elle devint maîtresse de Samuel Bernard et en eut trois filles.

ô. Confessions. Partie H, livre VII.

inconnu, et l'humble secrétaire de Mme Dupin ne passa pas longtemps inaperçu; la profondeur et l'étendue de ses vues, le charme de sa parole, l'éclat de son style, filent vite impression dans les cercles littéraires, et il compta bientôt pour amis Grimm, Diderot, d'Alembert, Raynal, d'Holbach, Duclos, Condillac, Saint-Lambert, Marmonlel, etc.

Mme d'Épinay qui le vit à la Chevrette écrivait de lui ;

« Il est complimenteur sans être poli, ou au moins sans en avoir l'air. Il paraît ignorer les usages du monde, mais il est aisé devoir qu'il a infaiimenl d'esprit. 11 aie teint brun, et des yeux pleins de feu animent sa physionomie. Lorsqu'il a parié et qu'on le regarde, il paraît joli ; mais lorsqu'on se le rappelle, c'est toujours en laid. On dit qu'il est d'une mauvaise santé.... C'est apparemment ce qui lui donne de temps en temps l'air farouche ^ »

Il était surtout d'une grande timidité, dont il enrageait, et qu'il cherchait à dissimuler sous une apparente brusquerie. Il détonnait, il est vrai, au milieu de la politesse affectée de ses contemporains, mais son succès n'en était pas moins vif, bien au contraire.

Il possédait depuis longtemps le goût de l'étude et des choses de l'esprit ; c'est Voltaire qui le lui avait inspiré et qui même lui avait servi de modèle à l'époque où, installé chez Mme de Warens, il acquérait péniblement l'instruction et l'éducation premières qui lui inan-

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