décembre 17G0, à Lcnieps
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ces grivoiseries continuelles, héritage tic la Régence. Le scepticisme, la gouaillerie, le cynisme avai(Mil fini jiar laligucr, on en avait lanl abusé' !
On se prit creulhousiasme pour ces héros, qui parlaient si bien de Tamour. « Ils passèrent presque pour platoniques, parce qu'ils n'étaient plus libertins; en même temps, comme ils gardaient quelque chose de sensuel, le siècle n'était pas trop dépayse. La société aimait à se trouver })uririée sans se converlii'; elle se prêtait de bonne grâce à un repentir qui n'était pas une mortification-. » L'enthousiasme devint de la fureur, surtout chez les femmes, dès qu'on supposa que Rousseau avait écrit sa propre histoire : « Tout le monde, dit-il, était persuadé qu'on ne pouvait exprimer si vivement des sentiments qu'on n'aurait point éprouvés, ni peindre ainsi les transports de l'amour, que d'après son cœur.... Je ne voulus ni confirmer, ni détruire une erreur qui m'était avantageuse". »
Nous trouvons dans une correspondance inédite une
1. Rousseau, dans son ouvrage, ne se contente pas de peindre l'amour. il découvre la nature, qu'on paraissait ignorer jusqu'à lui. Ou plaçait toujours les châteaux dans les bas-fonds, et, quand par liasard ils se trouvaient sur une hauteur, on avait grand soin de leur faire tourner le dos à la vue; quand ce n'était pas possible, on masquait le paysage par un épais rideau d'arbres. Les éblouissantes descriptions du philosophe, son slyle éclatant et coloré, éveillèrent un sens qui sommeillait encore. Grâce à lui, les beautés de la nature frappent riioinme, on les perçoit, on les admire, on se passionne pour elles. E^t-ceàdire que personne avant Rousseau n'ait su les apprécier? Bien d'autres les avaient connues, et Voltaire en particulier, y avait été sensible dés son arrivée en Suisse, mais personne n'avait amené dans les esprits la révolution qui fut l'œuvre de Rousseau.
2. Saint-Marc Gïvavdh), Jean- Jaajucs Rouascau, aa vie cl ses œuvres. 5. Confessions. Partie II, Livre XI.
appréciation qui résume bien la sensation causée par l'ouvrage de Jean-Jacques. Le Roy' , le spirituel lieutenant des chasses, écrivait à son ami Hennin, le 5 lévrier 1761 :
(( La tête me tourne, mon ami; je viens d'achever la lecture du roman tant attendu de Jean-Jacques. Malheur à celui qui lira cet ouvrage sans en avoir une forte envie de devenir meilleur, cet homme-là ne vaut rien du tout.
(( Ce n'est pas qu'il n'y eût rien à reprocher à l'ouvrage. On dira qu'il n'est pas toujours aussi bien écrit que Rousseau le fait ordinairement, qu'il y a des choses qui avoisinent l'indécence, que souvent c'est l'auteur qui parle et non ses personnages. Mais je dirai moi que ces quelques taches et ces quelques négligences ne se laissent apercevoir que par des âmes froides, incapables de l'enthousiasme de la vertu, et que tout est effacé par l'intérêt le plus attachant, qui n'est pas suspendu, par des traités fréquents et complets d'une morale aussi raisonnable que sublime. Quel cœur de bronze peut ne pas se fendre en mille endroits de ce livre, et quelle âme de boue ne se sentirait pas élevée par l'héroisme uniforme et sans chimère dont il est plein? 0 Julie! 0 Wolmar! 0 Claire! Ah! mon ami, lisez vite cet ouvrage et venez savourer avec moi tout ce qu'il contient d'admirable. M. de la Popelinière s'est avisé de donner dans le même temps un petit roman prétendu oriental, qui est écrit à faire vomir-.
1. Georges Le Roy (1725-1789), lieutenant des chasses des parcs de Versailles et de Marly, collaborateur de YEncycIopcdic. Il était très lié avec les d'Holbach (voir les lettres à Mlle Volland).
2. Daira, histoire orientale. Paris, Rauche, 17GI. Deux parties, in-12. « C'est, je vous jure, écrivait Voltaire à Mme de Fontaine, un des plus absurdes ouvrages qu'on ait jamais écrits; pour peu qu'il (La Popelinière)
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En vérité le linancier parait là ôtre le lat|uais du philosophe'. »
Jean-Jacques craignait cependant qu'on ne lui reprochât les inconséquences de sa conduite :
u Mon grand embarras, dit-il, était la honte de me démentir ainsi moi-même, si nettement et si hautement. Après les principes sévères que je venais d'établir avec tant de fracas, après les maximes austères que j'avais si fortement prèchées, après tant d'invectives mordantes contre les livres efféminés qui respiraient l'amour et la mollesse, pouvaiton rien imagmer de plus inattendu, de plus choquant, que de me voir tout d'un coup ra'inscrire de ma propre main parmi les auteurs de ces livres que j'avais si durement censurés-! »
Ces remarques sont fort justes. N'était-il pas élrange en effet de voir l'homme qui peu de temps auparavant avait montré avec tant de force dans la Lettre sur les spectacles les dangereuses émotions que cause la peinture des passions, n'était-il pas étrange de voir ce même homme composer l'ouvrage le plus passionné et dépeindre l'amour sous des couleurs si vives, si chaudes, si troublantes, que, il l'avouait lui-même, toute fille qui lirait ce livre était perdue d'avance!
Le succès calma les inquiétudes que lui inspiraient ses contradictions et lui fit voir Paris, qu'il décriait si volontiers, sous un jour tout nouveau :
en fasse encore un dans ce goùl-là, il sera de l'AcadOmie ». 27 février 1761.