‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 63 sur 333 · Confessions. l'arlie II, liviv IX · texte numérisé non relu

Confessions. l'arlie II, liviv IX

iôO VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU

« Dans le monde, il n'y eut qu'un avis, dit-il; et les femmes surtout s'enivrèrent et du livre et de l'auteur, au point qu'il y en avait peu, même dans les hauts rangs, dont je n'eusse fait la conquête, si je l'avais entrepris. J'ai de cela des preuves que je ne veux pas écrire, et qui, sans avoir besoin de l'expérience, autorisent mon opinion. 11 est singulier que ce livre ait mieux réussi en France que dans le reste de l'Europe, quoique les Français, hommes et femmes, n'y soient pas fort bien traités.... L'amitié, l'amour, la vertu, régnent-ils donc à Paris plus qu'ailleurs? Non, sans doute; mais il y régne encore, ce sens exquis qui transporte le cœur à leur image, et qui nous fait chérir dans les autres les sentiments purs, tendres, honnêtes, que nous n'avons plus. La corruption désormais est partout la même, il n'existe plus ni mœurs ni vertus en Europe, mais s'il existe encore quelque amour pour elles, c'est à Paris qu'on doit le cherchera »

Préoccupé de l'effet que ses inconséquences pourraient produire dans sa patrie, convaincu que ses concitoyens ne verraient pas sans douleur l'auteur de la Lettre sur les spectacles, celle lettre qui ne respirait que raustéritc et la vertu, écrire un livre de nature à pervertir les imaginations ^ Rousseau prit la résolulion de ne pas envoyer un seul exemplaire à Genève. Celte plaisante détermination suffit pour apaiser ses scrupules et mettre sa conscience à l'abri. Nulle part cependant son ouvrage ne fut plus lu qu'à Genève,

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