‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 64 sur 333 · Confessions. Purlic II, livre XI · texte numérisé non relu

Confessions. Purlic II, livre XI

2. Plus tard, il disait à une dame de Genève : « J'écrivais pour des gens corrompus et je ne crois pas que mes concitoyens le soient assez pour avoir besoin d'être rappelés au bien par l'énergie de l'amour. » [Julie von Dondeli, 4 août 1761.)

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mais il y fil scaiulalo, cl los amis de raulciir. les [lasleurs cux-mèines, ne purciil caclicr Iciii' eliayriii cl leur désappoiiilemeiil. Sous la jiiessiou du parti auslère et dévot, le Consistoire porta même des plaintes au grand Conseil ; il appela sa vigilante attention sur ces peintures vives et hardies, si dangereuses pour * les mœurs des jeunes gens, et il fut un instant question de condamner la Nouvelle Héloïse; on se contenta d'interdire aux loueurs et loueuses de livres de louer ou de prêter cette œuvre malsaine'. Ainsi, par un juste retour des choses de ce monde, c'est Rousseau qui, à son tour, passe pour corrompre les mœurs de sa patrie! Cependant le bruit se calma peu à peu, et pour cette l'ois l'orage fut écarté.

Jean-Jacques, dans son ouvrage, ne se bornait pas à peindre des plus brillantes couleurs et les passions et la nature,. en plus d'un endroit il abordait les questions religieuses. 11 était croyant, mais sous certaines restrictions :

« J'ai de la religion, mon ami, écrivait-il en 1758 à Vernes, et bien m'en prend, je ne crois pas qu'homme au monde en ait autant besoin que moi. J'ai passé ma vie parmi les incrédules sans me laisser ébranler, les aimant, les estimant beaucoup sans pouvoir souffrir leur doctrine.... Mon ami, je crois en Dieu, et Dieu ne serait pas juste si mon âme n'était pas immortelle. Voilà, ce me semble, ce que la religion a d'essenliel et d'utile ; laissons le reste aux disputeurs. »

1 . Extrait des registres du Consistoire cl du Maf^iiifiquc Conseil, 22 jan» vier 1701.

lô'i VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU

Ce ne fut pas sans inquiétude que ses amis le virent aboider ces questions, si délicates, si difficiles à traiter à l'époque et qui lui offraient mille chances de soulever des susceptibilités toujours en éveil :

« A l'égard de ce que vous me dites de Wolmar, et du danger qu'il fait courir à l'éditeur, répond-il à M...., cela ne m'effraye point, je suis sûr qu'on ne m'inquiétera jamais justement, et c'est une folie de vouloir se précautionner contre l'injustice. Il reste là-dessus d'importantes vérités à dire, et qui doivent être dites par un croyant. Je serai ce croyanl-là, et si je n'ai pas le talent nécessaire, j'aurai du moins l'intrépidité. A Dieu ne plaise que je veuille ébranler cet arbre sacré que je respecte et que je voudrais cimenter de mon sang, mais j'en voudrais bien ôter les branches qu'on y a greffées et qui portent de si mauvais fruits'. »

Le but de la Nouvelle Iléloïse est de faire la leçon tout à la fois aux philosophes et aux croyants. L'auteur l'écrit à Vernes :

(( Vos griefs contre Wolmar me prouvent que j'ai mal rempli l'objet du livre ou que vous ne l'avez pas bien saisi. Cet objet était de rapprocher les parlis opposés par une estime réciproque; d'apprendre aux philusophes qu'on peut croire en Dieu sans être hypocrite, et aux croyants qu'on peut être incrédule sans être un coquin. Julie dévote est une leçon pour les philosophes, et Wolmar athée en est une pour les intolérants. Voilà le vrai but (ki livre*. »

i. ->i juin 1701

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C'élnil joiKM' là nii jeu hicii (liuigcn-iix ; liii-mômo sVn ivndail coimilo cl il cou liait à Mme do Ci'éqiiy (lu'il 110 gardait ciiôro d'illusion à cet ôftard.

« Vous n'ignorez pas, Madanio. qno j(3 n'ai jamais fait grand cas de la philosophie, ot que je me sins entièrement détaché du parti des phihisophcs. Je n'aime point qu'on prêche rimpiété : voilà déjà de ce côté-là un crime qu'on ne me pardonnera pas. D'un autre côté, je blâme l'intolérance, et je veux qu'on laisse en paix les incrédules; or le parti dévot n'est pas plus endurant que l'autre. Jugez en quelles mains me voilà tombé*. )>

Rousseau n'était pas le seul à être fatigué des phi losophes, de leurs prédications forcenées et de leur intolérance égale à celle des dévots-. « Sottise pour sottise, s'écriait Horace Walpolc dans un moment d'humeur, j'aime mieux les jésuites! » Jean-Jacques exprimait la même idée quand il écrivait : « Pour moi, j'aimerais encore mieux être dévot que pllilosophe^ »

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