Walpole à Gray, 19 novembre
2. ^Valpole mandait aussi à Montaigu : <i Je n'ai encore rien vu ni rien entendu de sérieux, qui ne fût ridicule : les jésuites, les méthodistes, les philosophes, les politiques, l'hypocrite Rousseau, le railleur Voltaire, les encyclopédistes, les Hume, les Lyttleton, les GrenvilJe, le tyran athée de la Prusse et le charlatan de l'histoire, M. Pitt, tous ces gens-là ne sont pour moi que des imposteurs, chacun dans son genre. La renommée ou l'intérêt, voilà leur seul but, et après avoir vu toutes leurs parades, mon opinion est qu'un laboureur qui sème, lit son almanacii et croit que les étoiles ne sont que des chandelles à un sou, créées uniquement pour l'empêcher de tomber dans les fossés, quand il regagne le soir sa cabane, est un être plus sage, plus raisonnable et certainnnent plus hoimète qu'aucun d'eux. Oh! je suis bien las des visions et dos systèmes qui se heurtent et se repoussent, pour reparaître encore, comme les ligures dans un tableau à ressort. » (Paris, le 21 novembre 17G5. Traduction du comte de Bâillon.)
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cl les liarcol.'iioiil s;nis relâche. Longtemps on avait compté Roussean an nombre de^ membres de bi petite Eglise, non seulement il était l'ami de tous les philosophes, non senlement il vivait avec eux dans une étroite intimité, mais il leur avait prêle l'appui de son talent et il avait fourni plus d'un article à VEncydopédie\
En général la différence d'opinions provoque les dissentiments et amène la rupture; ici ce n'est pas le cas : Rousseau a commencé par s'éloigner de ses amis pour des motifs d'ordre tout intime, la divergence des doctrines n'éclate que plus tard. C'est seulement dans la Nouvelle IMoïse qu'il se sépare nettement et ouvertement du par'ï pViilngr>p)p'qiiA ; il devient
alors l'apôtre du spiritualisme contre les philosophes jiont les théories tendent de plus en plus à Eincrédy- lité, et il plante en face d'eux un drapeau rival. Il devient le promoteur de la grande scission qui s'opère; à l'école de Voltaire, qui est irréligieuse sans être athée, il oppose une école spiritualiste qui est religieuse sans èlre chrétienne.
La déception fut grande parmi les frères quand on le vit faire bande à part et engager la lutte. On le regarda aussitôt comme un déserteur, un traître. S'il conserva des relations avec d'Alembert et (pielques autres, tous ceux avec lesquels il s'était déjà brouillé
i. A la formation de VEncijcloju'dic, Diderot et d'Alembert ençiagèrent Rousseau à écrire des articles. Il leur en donna un certain nombre, entre autres l'article Éco>omie sociale, qui fit beaucoup de bruit.
ne lui épargnèrent ni les sarcasmes ni les reproches. Voltaire, qui n'a plus de raison d'user de ménagements envers lui, ne cache ni le chagrin ni la colère que lui fait éprouver sa nouvelle attitude :
« Pour Jean-Jacques, ce n'est qu'un misérable qui a abandonné ses amis, et qui mérite d'être abandonné de tout le monde. Il n'a dans son cœur que la vanité de se montrer dans les débris du tonneau de Diogène, et d'ameuter les passants pour leur faire contempler son orgueil et ses haillons. C'est dommage, car il était né avec quelques demitalents, et il aurait eu peut-être un talent tout entier s'il avait été docile et honnête ^ »
Il écrit aussi à Damilaville :
« Je salue toujours les frères et les fidèles, je m'unis à eux dans l'esprit de vérité et de charité. Nous avons des faux frères dans l'Église. Jean-Jacques, qui devait être apôtre, est devenu apostat-. »
Enfin il épanche sa douleur dans le sein de d'Alemberl, mais le philosophe lui répond en faisant une allusion très juste aux maux physiques de Rousseau, maux qui ont eu sur sa conduite une influence plus grande qu'on ne le croit.
« A l'égard de Rousseau, j'avoue que c'est un déserteur qui combat contre sa patrie; mais c'est un déserteur qui n'est plus guère en état de servir, ni par conséquent de faire