‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 69 sur 333 · Voltaire à Thieriot, 21 janvier 17GI · texte numérisé non relu

Voltaire à Thieriot, 21 janvier 17GI

5. « Son lléloisc, écrit-il le 8 août 1770 à Mme du Deffand, me paraît écrite moitié dans un mauvais lieu, et moitié aux Petites-Maisons. Une des infamies de ce siècle est d'avoir applaudi quelque temps à ce

lr)8 VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU

Nouvelle Héloïse ou Aloïsla, signées du marquis de Ximénès.

Beuchot a reconnu que ces lettres étaient l'œuvre du patriarche, mais il a assuré que le marquis les lui avait dérobées. C'est inexact. H est vrai que Ximénès avait déjà été pris la main... dans les manuscrits, mais cette fois, loin d'être coupable, il s'exposa au ressentiment de Rousseau pour plaire à son hôte; peut-être même celte pénitence lui fut-elle imposée en expiation de ses indélicatesses passées. Bien qu'il ne fût plus tenu à aucun ménagement vis-à-vis de celui qui l'injuriait si gratuitement, Voltaire, fidèle à son système de ne jamais se mettre en évidence, pria Ximénès de signer les lettres à sa place. Avec ses amis cependant il ne dissimulait pas sa paternité', mais vis-à-vis de d'Alembert, qui était resté dans de bons termes avec Jean Jacques, il se montrait plus circonspect.

(( Je n'ai point fait de réponse à sa lettre, lui écrivait-il. M. de Ximénès a répondu pour moi, et a écrasé son misérable roman. Si Rousseau avait été un bomme raisonnable a qui on ne pfit reprocber qu'un mauvais livre, il n'aurait pas été traité ainsi ^ »

monstrueux ouvrage. Les dames qu'il outrage sont assurément d'une autre nature que lui. La Za'ùlr de Mme de !a Fayette vaut un peu mieux que la Suissesse de Jean-Jacques, qui accouche d'un faux germe pour se marier. Ce polisson m'ennuie et m'indigne, et ses pnrliculiers me mettent en colère. Cependant il faut être véritablement philosophe et calmer ses passions, surtout à nos âges. »

•1. A d'Argcntal, 10 f.'vrier 1761.

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