novembre
reste un homme de bien de plus sur la terre. Rien n'est changé depuis avant-hier, mais tout prend une autre face à mes yeux et je ne vois plus que des indices très équivoques où je croyais voir les preuves les plus claires. Oh! qu'il est cruel pour un solitaire, malade et triste, d'avoir une imagination déréglée, et de ne rien apprendre de ce qui l'intéresse! S'il en est temps encore, je vous demande, Monsieur, le secret sur ma précédente lettre jusqu'à plus ample éclaircissement. Je viens de recevoir l'écrit que vous avez pris la peine de lire', mais dans le profond sentiment de mon étourderie je ne puis m'occuper que du soin de la réparer^ »
« Tranquillisez-vous, répond M. de Malcsherbes, je n'ai fait aucun usage de voire lettre qui doive vous inquiéter". »
Ainsi, le 20 novembre, les soupçons de Rousseau sont calmés, il en a reconnu l'inanité. Malheureusement son état physique ne s'améliore pas, il éprouve plutôt une recrudescence de ses maux, et cette aggravation correspond à un nouveau silence de l'éditeur.
Aussitôt la folie s'empare du malheureux écrivain, de nouveau il se croit Iralii, et dès le 29 novembre, il prend M. de Malesherbes pour confident de son désespoir.
1. Jean-Jacques avait envoyé à M. de Malesherbes son Essai sur l'origine des langues, en le priant de le lire et de lui donner son avis. Voir à l'appendice la lettre de Rousseau (inédite), qui acconipngnait son ouvrage.
2. Montmorency, 20 novembre 1761. Bib. nat. Mss. f. Fr. n. acq. 1183. l'uhlicc par Mi Druuclicre dans la Revue des Deux-Mondes, février 1882.