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YOLTAIIIK r.T .I.-.I. UOIISSEAII 171
ni n'a agi connue quelqu'nn qui serait irrite, ou qui vous saurait mauvais gré do l'avoir compromise.
(( Pour moi, Monsieur, je vous dirai avec la franchise qui vous est due, que j'ai vu dans tous vos procédés une extrême sensibilité, un grand fond de mélancolie, et beaucoup de disposition à voir les objets du côté le plus noir, mais une disposition au moins égale à vous rendre à la justice et à la vérité, quand elle vous est présentée....
« Cette mélancolie sombre, qui fait le malheur de votre vie, est prodigieusement augmentée par la maladie et par la solitude, mais je crois qu'elle vous est naturelle et que la cause en est physique. Je crois même que vous ne devez pas être fâché qu'on le sache. Le genre de vie que vous avez embrassé est trop singulier, et vous êtes trop célèbre pour que le public ne s'en occupe pas. Vous n'ignorez pas que vous avez des ennemis, et il serait humiliant pour vous de n'en pas avoir. Vous ne pouvez pas douter que bien des gens n'imputent les partis extrêmes que vous avez pris à cette vanité qu'on a tant reprochée aux anciens philosophes. Pour moi, il me semble que je vous en estime davantage depuis que j'en ai vu le principe dans la constitution de vos organes, et dans cette bile noire qui vous consume. Étant assez malheureux pour voir souvent des horreurs où Démocrite n'aurait] vu que du ridicule, il est tout simple que vous ayez fui dans les déserts, pour n'en plus être témoin.
« Enfin, Monsieur, j'aime la vertu. Je compatis à toutes les passions vraies, je crois même que je m'y intéresse plus à proportion de ce qu'elles sont plus vives, je n'ai d'aversion que pour l'injustice et pour la fausseté....
« Je ne vous fais cette déclaration de mes sentiments, qui d'ailleurs vous serait assez inutile, que pour que vous n'ayez aucun regret à m'avoir laissé voir depuis deux mois les différents mouvements dont vous avez été agité. Si cependant vous désiriez d'en éteindre le souvenir, je garde toutes vos
lettres dans une liasse que je vous rendrai quand vous voudrez, et je tâcherai aussi de retirer celles que vous avez écrites à Ducliesne, quand l'édition sera finie*. »
Rousseau n'accepta pas la proposition généreuse du directeur de la librairie et c'est ainsi que nous avons pu retrouver celte curieuse correspondance.
« Ne me renvoyez point mes lettres, Monsieur, je vous supplie, brûlez-les, parce qu'elles ne valent pas la peine d'être gardées, mais non pas par égard pour moi. Ne songez pas non plus, de grâce, à retirer celles qui sont entre les mains de Duchesne.
« S'il fallait effacer dans le monde les traces de toutes mes folies, il y aurait trop de lettres à retirer, et je ne remuerais pas le bout du doigt pour cela; à charge et à décharge, je ne crains point d'être vu tel que je suis. Je connais mes grands défauts, et je sens vivement tous mes vices. Avec tout cela, je mourrai plein d'espoir dans le Dieu suprême, et très persuadé que de tous les hommes que j'ai connus en ma vie, aucun ne fut meilleur que moi'. »
Si Rousseau connaissait ses grands défauts et sentait tous ses vices, il n'a jamais paru se douter de l'orgueil immense dont il était possédé. Ce cri d'orgueil : « aucun homme ne fut meilleur que moi », il l'a répété à plu- \ sieurs reprises et c'est le premier mot de ses Confessions.
A la suite de ces incidents, et louché des sentiments de M. de Malesherbes, Rousseau lui écrivit ces quatre lettres célèbres où il décrit ses goûts, ses penchants,