Inédite. Bi)j. Nat. Mss. f. fr. n. a. H
VOLTAIRE ET J.-J. ROISSEAU \1Z
son caractère et tout ce qui se passe clans son cœur. « Je gémissais, dit-il, en me sentant défaillir, de penser que je laissais dans l'esprit des honnêtes gens une opinion de moi si peu jus(e; e(, par l'esquisse tracée à la hàtc dans ces quatre lettres, je tâchais de suppléer en quelque sorte aux mémoires que j'avais projetés'. »
A partir du mois de janvier 1762, l'impression de VÉmile marcha sans difficulté, mais Jean-Jacques n'en vit pas moins de temps à autre renaître ses soupçons. Il ne fut complètement rassuré et il ne rendit justice à ses libraires que quand l'ouvrage eut paru :
« Enfin, écrivait-il à Moultou le 30 mai 1762, mon livre paraît depuis quelques jours, et il est parfaitement prouvé par l'événement, que j'ai payé les soins officieux d'un honnête homme des soupçons les plus odieux. Je ne me consolerai jamais d'une ingratitude aussi noire, et je porte au fond de mon cœur, le poids d'un remords qui ne me quittera plus. »
Si nous avons longuement insisté sur les incidents qui ont précédé la publication de VÉmile, si nous avons donné toutes ces lettres qui sont des témoins irréfutables, c'est qu'à nos yeux cette période de la vie de Rousseau jette la lumière la plus éclatante sur la suite de son existence, c'est qu'elle démontre jusqu'à l'évidence le mal incurable dont l'infortuné philosophe a si cruellement souffert et qui l'a poursuivi jusqu'au tombeau.
On vient de voir avec quel talent merveilleux il dé-