Discours sur les sciences et les arts (II* partie
2. Il écrivait en 1745 à la marquise, qui n'était encore que madame d'Kliolcs :
Sincère et leudre Poiupadoiir, Car je veux vous donner d'avance Ce nom qui rime avec taniour Et qui sera bientôt le plus beau nom de France.
voLTAïKi: i:t .i.-j. nuussE.vu 17
iiispirail à Louis XV, il recul hiciitôt la cliaryc do genlillioiiimc ordiiiaiie delà chaiiibre et celle d'iiistoliograplio do Franco. Mais colle laveur fut de courte durée; le poète vil pou à peu rinlluence de ses ennemis romporler et la piiissante lavorile s'éloigner dv lui. Découragé ot allrislé, il était sur le point do (juittor une cour où pour riuiniilier on portait aux nues le génie du vieux Crébillon^ Le moment était donc mal choisi pour criliquer Voltaire, et l'iniperlinenle tirade de Rousseau dut lui paraître fort déplacée-.
Un autre incident vint encore comprometlre le Genevois, bien qu'il y fût complètement étranger. Un soir. Voltaire assistait au Théâtre-Français à la représentation d'une de ses pièces; le parterre, de méchante humeur, montrait moins que de l'enthousiasme. Exaspéré de ce mauvais goût, l'auteur, à moitié hors de sa loge, apostrophe le public avec virulence.
« Qui étes-vous? crie-t-il, au plus échauffé.
— Quel Rousseau, le petit Rousseau? »
Cette conversation aurait pu se prolonger si Mme Lebas, la femme du célèbre graveur, ne s'était levée : « Si vous ne vous taisez pas, je vais vous donner un soufflet, dit-elle à Voltaire. »
1. Prosper Jolyot de Crébillon, de l'Académie française. Il mourut en ITO^, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Ce poète jouissait d'une grande réputation qu'il devait moins à son talent qu'aux ennemis de Voltaire.
2. En réponse au Discours sur tes arls, Voltaire écrivit Timon, petite satire fort coui'te.
IS VOLTAIRE ET J.-J. ROL'SSEAl"
Toute la salle éclata de rire et rincidcnt fut clos'.
Ce Rousseau était l'auteur du Journal encyclopédique de Bouillon. A'oltaire le prit évideuiuient pour le Rousseau de Genève ; il ne dissimula pas son déplaisir et rappelant les bons procédés qu'il avait eus pour lui à l'époque des Fêtes de Ramire, il n'hésita pas à taxer d'ingratitude la conduite du Genevois.
Jean-Jacques comprit le danger de s'exposer à la rancune d'un ennemi encore puissant, et il s'empressa de conjurer l'orage en écrivant une lettre dont la dignité apparente dissimulait mal l'excessive humilité.
« Monsieur, un Rousseau - se déclara autrefois votre ennemi, de peur de se reconnaître votre hiférieur; un autre Rousseau^, ne pouvant approcher du premier par le génie, veut imiter ses mauvais procédés. Je porte le mèaie nom qu'eux; mais n'ayant, ni les talents de l'un, ni la suffisance de l'autre, je suis encore moins capable d'avoir leurs torts envers vous. Je consens bien de vivre inconnu, mais non déshonoré; et je croirais l'être si j'avais manqué au respect que vous doivent tous les gens de lettres, et qu'ont pour vous tous ceux qui en méritent eux-mêmes.
« Je ne veux point m'étendre sur ce sujet, ni enfreindre, même avec vous, 'a loi que je me suis imposée de ne jamais louer personne en face. Mais, Monsieur, je prendrai la li})erté de vous dire que vous avez mal jugé d'un homme de bien, en le croyant capable de payer d'ingratitude et d'arro-
i. Poitrails iiUlmes du dix-huitième siècle, par E. et J. de Concourt.
2. liousseau (Jcan-Iiaptiste) il670-17-il). Ses iléiuèU'S avec Voltaire sont restés célèbres.