‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 96 sur 333 · avril 1762. Streckeisen-Moultou · texte numérisé non relu

avril 1762. Streckeisen-Moultou

2. Par arrêt du 6 août 1761, le parlement assigna les jésuites à comparaître devant lui dans le délai d'un an pour entendre juger leur constitution. Le 6 août 17G2 la dissolution de la société fut prononcée.

3. Voltaire avait toujours prévu que les philosophes s'accommoderaient encore moins facilement des jansénistes que des jésuites :

« On reprochait aux jésuites, écrit-il à Damilaville, la persécution et une morale relâchée : les jansénistes persécuteront hien davantage, et auront des mœurs intraitables ; il ne sera plus permis d'écrire, à peine

YOLTAllU: LT J.-J. ROISSEAV 189

A peine 17:'//n7ceul-il paru, qu'un orage terrible s'amoncela contre l'auteur. Griinni écrit dès le l"juiu :

« Nous avons depuis huit jours l'ouvrage do J.-J. Rousseau sur V Éducation, on quatre volumes. Ce livre n'a pas tardé à faire j^a'and bruit. On dit que le pai'k'uient va poursuivre fauteur pour la profession de foi qu'il y a insérée. L'intolérance et la bigoterie ne manqueront pas une si belle occasion de tourmenter un écrivain célèbre et vraisemblablement M. Rousseau sera obligé de quitter la Fiance'. »

Tronchin, bien placé par ses relations pour connaître l'opinion en haut lieu et pour prévoir les événements, mandait au pasteur Vernes :

u.... Rousseau n'est point ici; il était encore au départ des lettres à Montmorency. Y restera-t-il? c'est une autre question, car le parlement semble vouloir sévir contre l'ouvrage et contre l'auteur. Il est vrai qu'il a cassé toutes les vitres et qu'en donnant dans son troisième volume de l'éducation un code complet de déisme, il a fait une besogne dont nous ne lui saurons pas gré, nec hihitiir aconitum in fictilibus, car son style le rend d'autant plus dangereux. Sounne toute, il pourra se vanter d'avoir fait bien du mal et d'avuir .poignardé l'inmianité en l'embrassant. Je voudrais

le sera-t-il de penser. Les philosophes ne peuvent opposer la force à la force; leurs armes sont le silence, la patience, l'am-tié entre les frères. Plût à Dieu que je fusse avec vous à Taris, et que nous puissions parvenir à les réunir tous! Plus on cherche à les écraser, plus ils doivent ôtre unis ensemble. Je le répète, rien n'est plus honteux pour la nature humaine que de voir le fanatisme rassembler dans tous les temps sous ses drapeaux, faire marcher sous les mêmes lois, des sots et des furieux, tandis que le petit nombre des sages est toujours dispersé et désuni, sans protection, sans ralliement, exposé sans cesse aux traits dos méchants et à la haine dos imbéciles. » (\ Damilaville, 10 avril 1704 ) 1. Corrcuji. lilL, l"juin 170^2.

que ce malheureux homme mourût; que dis-je, j'aimerais bien mieux qu'il fût mort, car ces deux derniers ouvrages feront bien du mal.... ' »

Le docteur ne se trompait pas sur les dispositions du parlement, et Jean-Jacques, dans sa retraite de Montmorency, fut bientôt averti de ce qui se tramait contre lui. Mais, toujours rempli de la plus entière sécurité et se croyant entièrement à l'abri, il mande fièrement à Mou Itou :

« Le parlement de Paris, pour justifier son zèle contre les jésuites, veut, dit-on, persécuter aussi ceux qui ne pensent pas comme eux, et le seul homme en France, qui croie en Dieu, doit être la victime des défenseurs du christianisme. Depuis plusieurs jours, tous mes amis s'efforcent à l'envi de m'effrayer; on m'offre partout des retraites : mais comme on ne me donne pas, pour les accepter, des raisons bonnes pour moi, je demeure; car votre ami Jean-Jacques n'a point appris à se cacher. Je pense aussi qu'on grossit le mal à mes yeux pour tâcher de m'ébranler ; car je ne saurais concevoir à quel litre, moi citoyen de Genève, je puis devoir compte au parlement de Paris d'un livre que j'ai fait imprimer en Hollande avec privilège des états généraux-. »

Rousseau savait bien que son affirmation était men* songère et il aurait du se rappeler qu'il avait avoué six mois auparavant au même Moultou que l'édition se faisait à Paris.

Enfin, fort de sa conscience et de son bon droit, l'au-

Inédile.

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