‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 97 sur 333 · juin 17G · texte numérisé non relu

juin 17G

leur d'Emile paraissait décidé à braver Tarrél du parlement et à attendre héroïquement le martyre; à cette nouvelle ses amis de Genève perdent complètement la tète :

« Au nom de Dieu, écrit Moultou, au nom de Dieu, mon ciier ami, sauvez-vous, épargnez-leur un crime qu'ils n'ont pas le droit de commettre, vous ne vous devez point à ce tribunal!.... ))

Mais la plume tombe des mains du pasteur atterré, les craintes qu'il éprouve pour son ami lui donnent d'horribles vomissements et c'est Roustan qui continue la lettre commencée :

« Cher et grand Rousseau, pourquoi voulez-vous mourir? Pour déshonorer les hommes que vous avez instruits et défendus, pour donner l'exemple d'une magnanimité cruelle, qui déchirera les entrailles des gens de bien, vos amis; pourquoi attendre des arrêts de juges, dont vous-même ne croyez pas être le justiciable? Socrate, il est vrai, aima mieux mourir que s'enfuir, mais c'était à Athènes qu'il était né et qu'il devait compte de sa conduite; et vous, vous voulez vous faire immoler à Persépolis, condamné par des magistrats dont vous prévoyez l'injustice,... Au nom de Dieu, conservez aux gens de bien leur appui, aux malheureux leur consolateur, aux pauvres leur modèle, aux hommes libres leur admoniteur ; vivez pour venger et pour rétablir les autels de la liberté et de la vertu, et ne mourez pas inutilement pour elles.... Barbare, c'est à nos dépens que vous voulez périr, vous nous mettez sous le couteau, en y restant exposé vous-même*. »

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