‹ Voltaire et l'intolérance religieuseChapitre 21 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le catholicisme.

§ I. Coup d'œil général sur l'église persécutrice.

« Le catholicisme est la moins tolérante des religions ^, » disait Bossuet. Sur ce point-là, quitte à en tirer des consé quences toutes contraires, Voltaire eût été pleinement d'accord avec le grand prédicateur du dix-septième siècle. L'auteur du Traité sur la tolérance se plait à montrer que les apôtres n'avaient à leur ser\-ice d'autres armes que celles de la persuasion -, qu'ils recevaient dans l'église aussi bien les juifs que les gentils et qu'au point de vue de la doctrine ils usaient de support les uns à l'égard des autres^; il cite aussi quelques textes des pères de l'église * favorables à la liberté religieuse et se demande comment la religion chrétienne qui devait inspirer le plus de tolérance a pu faire des chrétiens « les plus intolérants de tous les hommes ^. » Il attribue ce fait à l'antagonisme de ces deux principes: l'esprit dogmatique et l'esprit républicain ^. C'est l'esprit dogmatique qui fait dire à une secte: « Je suis seule sur la terre; la lumière ne luit que pour moi; une profonde nuit couvre les yeux de tous les autres hommes ; » Voltaire saisit fort bien les fâcheuses conséquences d'une pareille tendance et il les indique en ces termes : « Ce cruel langage

^ Puaux. L'esprit de la Réforme, p. i8. — - i6, 249. D. phil. Apôtres. Section IV. 1770. — ^ 25, 448. Traité toi. Chapitre XI. 1763. — * 25, 468. Idem. Chapitre XV. — ^ 19, 378. D. phil. Tolérance. Section III. 1765. — 6 12, 439. Siècle. Chapitre XXXVI. 1751.

est bien moins celui d'un cœur reconnaissant qui remercie Dieu de l'avoir distingué de la foule des êtres, que l'expression d'un orgueil insensé qui se complaît dans ses illusions téméraires. La dureté accompagne nécessairement un tel orgueil. Comment un homme malheureusement pénétré d'une si abominable croyance aurait-il des entrailles de pitié pour ceux qu'il pense être en horreur à Dieu^ de toute éternité, et pour toute l'éternité. ^... Si quelquefois il leur témoigne un peu d'humanité, c'est que la nature, plus forte en lui que ses préjugés, amollit malgré lui son cœur que sa secte endurcissait ; et la vertu naturelle, que Dieu lui a donnée, l'emporte sur la religion qu'il a reçue des hommes ^ » C'est ce même esprit dogmatique qui a inspiré ce principe contre lequel Voltaire a protesté si souvent: « Hors de l'église point de salut-. »

A cette manière de voir qui a suscité et développé la crovance h l'infaillibilité d'un homme ou d'une église vient s'opposer l'esprit républicain qui revendique les droits de la liberté de pensée et de la conscience individuelle ^. Une fois les représentants de ces deux tendances aux prises, les chrétiens, qui avaient été des modèles à cause de leurs sentiments de justice et d'amour, eurent bientôt perdu ces vertus divines. A mesure qu'ils furent plus puissants, ils « se déchirèrent pour des arguments » et « devinrent calomniateurs, assassins, tyrans, et bourreaux *. » A partir du quatrième siècle, l'église fut l'ennemie de toute indépendance intellectuelle et morale, dès lors, « le crime de n'être pas de l'avis des évêques les plus puissants fut puni de mort ^, »

' 28, 227. Homélie sur la commiiniou. 1769. — - 8, 106. La Pitcelle. Chant V, vers 64-90. 1735; 8, 378. Poème sur la loi naturelle. W partie. 1752. — •' 12, 439. Siècle. Chapitre XXXVI. 1751. — •* 30, 356. Histoire de l'étahlissentent du christianisme. Chapitre XXII. 1776. — •' a8, 371. De la paix perpétuelle. § 22. 1769.

« le gouvernement papal abrutit et ensanglanta la moitié de l'Europe \ » le catholicisme né lui-même sous les auspices de la liberté de pensée ne se maintint qu'en supprimant cette liberté -.

Pour mieux inspirer la haine contre l'intolérance, \'oltaire se plaît à dresser souvent la liste, hélas ! si longue, des condamnations et des persécutions ordonnées par l'église catholique ^ et, pour la rendre plus frappante, dans son traité intitulé Dieu et les hommes^, il établit une sorte de compte dans lequel il indique par rubriques le nombre des victimes de chaque persécution. La somme totale de cette singulière addition s'élève au chiffre invraisemblable de 9 468 000 hommes immolés à la fureur fanatique.

Pour confirmer ce que nous disions à la fin du chapitre précédent, ajoutons que cette lugubre énumération est précédée de ce titre: « De Jésus et des meurtres commis en son nom. » Il semble qu'il y ait là comme une intention de faire retomber sur Jésus-Christ lui-même le discrédit qui n'aurait dû atteindre que les chrétiens intolérants.

5 2. Les croisades.

« Travaillons à bien penser: voilà le principe de la morale ■"•. )) Que de maux l'église eût évités, en mettant mieux en pratique ce précepte de Pascal. Si la morale, comme bien des penseurs le reconnaissent, est la manifestation la plus essentielle et la plus précieuse de la religion, si, d'autre

' 43, 190. A CatJieriiie II. 26 novembre 1770. — - 18, 410. 411. D. phU. Liberté cV imprimer. 1765. — ' 25, 362. Catcchismc de l'honncte homtue. 1763; 19, 377. D. phil. lolcrance. Section II, 1764; 27, 277. Le diner du comte de Boiilainvilliers, W entretien. 1767; 27, 330. 331. Conseils raisonnables. § 2. 3. 4. 5. 1768. — * 29, 81. Dieu et les hommes. Chapitre XLIl. 1769. — ^ Vinet. Etudes sur Biaise Pascal, p. 185.

part, le principe de la morale réside dans une saine pensée, il en résulte qu'une foi religieuse intense, qu'un grand enthousiasme pour le règne de Dieu peuvent avoir au point de vue chrétien une valeur très minime lorsqu'ils ne sont pas dirigés par une pensée bien éclairée. C'est là justement, nous semble-t-il, ce qui a le plus manqué aux hommes qui firent les croisades. Sans doute à certains égards, on peut admirer leur zèle pour ce qu'ils croyaient être la cause de Dieu, mais on ne saurait trop déplorer qu'une foi si vive et si ardente ait été mise au service d'entreprises barbares et contraires au véritable esprit du christianisme. Nous croyons donc que l'auteur de V Essai sur les mœurs et Vesprit des nations, toute réserve faite sur la forme brutale qu'il donnait à sa pensée, disait vrai lorsqu'il appelait les croisades « la folie la plus universelle, la plus atroce, la plus ridicule, et la plus malheureuse ', )> « de saints brigandages, une maladie épidémique -. »

Voltaire distingue fort bien les causes de ces expéditions qui, comme une vague énorme, jetèrent le monde occidental en armes contre le monde oriental. Urbain II à la tête de la grande république formée par les pays de la communion romaine^ voulait soumettre à son pouvoir non seulement le monde musulman mais encore l'église d'orient*; « la religion, l'avarice et l'inquiétude ^ » qui agitaient le cœur de ses contemporains favorisèrent puissamment ses projets.

Entreprise par des seigneurs dont le plus grand nombre étaient « ignorants et débauchés ^, » la première croisade,

^ 20, 368. Eloge historique de la raison. 1774. — - 8, 31. Essai sur la poésie épique. Chapitre VII. 1726. — ^ 10, 334. Essai. Chapitre LII. 1756. — '' 29, 309. Quelques petites hardiesses, i^^z. — ^ 10, 339. Essai. Chapitre LIV. 1756. — ^ 10, 338. 343. Idem. Chapitre LIV, 1756.

inaugurée par un massacre de juifs en Allemagne, se termina par l'affreux carnage de la prise de Jérusalem. Si Voltaire mentionne ici et là la bravoure et les succès des chrétiens, du roi Richard entre autres ^, on sent bien que toute sa sympathie va aux musulmans injustement attaqués - et à leur chef le plus illustre, Saladin ^.

Il s'étonne qu'un roi aussi sage et aussi juste que saint Louis se soit laissé entraîner « par la fureur des croisades * » jusqu'à penser convertir le roi de Tunis en faisant une descente à main armée dans ses états ^.

La guerre des Albigeois, inspirée elle aussi par la cupidité et l'intolérance ^, est jugée par Voltaire plus sévèrement encore que les luttes contre l'islamisme. Ici, en effet, ce n'est plus le peuple chrétien marchant contre les infidèles, mais une guerre entre compatriotes ^, une guerre dont la barbarie égala l'injustice puisqu'on attaquait un prince pour le forcer à détruire ses peuples ^.

Qu'il s'agisse des Albigeois ou des musulmans, ^'oltaire a fort bien fait de condamner les expéditions sanguinaires et barbares qui furent dirigées contre eux au moyen âge. On peut considérer avec admiration et respect le grand souffle d'enthousiasme et de foi qui passa sur l'Europe au temps des croisades, mais un homme du vingtième siècle ne saurait guère juger autrement que Voltaire ces entreprises qui, pour un résultat bien modique, affaiblirent et ruinèrent tant de pays, jonchèrent de cadavres les routes de l'Orient et firent verser tant de larmes.

• Ifiem, p. 351. Chapitre LVI. — 2 /(/eut, p. 362. Chapitre LVIII. — 3 Idew, p. 349,350. Chapitre LVI. — '• Idem, p. 361. 363. Chapitre LVIII. —, •' //>iV/f;«. Comparer 29, 310. 311. Quelques petites hardiesses à l'occasion d'un panégyrique. 1772. — ^ Idem, p. 380. Chapitre LXII. — " 26, 318. Des conspirations contre les peuples. j-]66. — ^ 10, 38a. Essai. Chapitre LXII. 1756.

§ 3. Les moines.

Qui croirait avoir sous les yeux un texte de Voltaire en lisant ces quelques lignes de V Essai sur les mœurs: « Ce fut longtemps une consolation pour le genre humain qu'il y eût des couvents ouverts à tous ceux qui voulaient fuir les oppressions du gouvernement goth et vandale... On échappait, dans la douceur des cloîtres, à la tyrannie et à la guerre.... Le peu de connaissances qui restait chez les barbares fut perpétué dans les cloîtres.... Les exemples des religieux pouvaient servir à mitiger la férocité de ces temps de barbarie.... On ne peut nier qu'il n'y ait eu dans le cloître de très grandes vertus : il n'est guère encore de monastère qui ne renferme des dmes admirables, qui font honneur à la nature humaine K »

C'est avant 1756 que Vohaire s'exprimait ainsi, depuis lors, il s'était rappelé que si le clergé régulier avait favorisé au moyen âge le développement de la civilisation, c'était lui aussi qui avait organisé le tribunal de l'inquisition, « cet enfer dont les persécuteurs théologaux sont les diables-. »

La vie austère et souvent inutile des couvents, les abus qui s'y commettaient et l'attitude de certains moines dans les procès Sirven et Calas avaient exaspéré sa haine ^. Lorsqu'il fut question ' d'expulser de la France les jésuites et que cette mesure eut été prise. Voltaire exprima le vœu qu'on chassât aussi * et même « qu'on exterminât de la

» II, 184. 185. Essai. Chapitre CXXXIX, 1756; 40, 334. A de VilUite. Ferney, 4 janvier 1766. Jugement sur Vincent de Paul. — "^ 26, 210. Questions sur les miracles. Lettre XVIL 1765; 37, 37a. A Bettinelli. Aux Délices, 24 mars 1760. — ^ 26, 276. 277. Avis au public sur les Calas et les Sirven. (Des suites de l'esprit de parti et du fanatisme.) 1766. — '• 39, 51. A d'Argental. Aux Délices, 31 mai 176a; 27, 291. Préface de M. Abauzit.

terre ^ » ceux qu'il appelait des « animaux paresseux et voraces -, » « des bêtes puantes ^. » L'auteur du Traité sur la tolérance affirmait que : « faire un vœu pour toute sa vie, c'est se faire esclave, » et il développait cette pensée de la manière suivante : « Promettre à Dieu par serment qu'on sera, depuis l'âge de quinze ans jusqu'à sa mort, jacobin, jésuite, ou capucin, c'est affirmer qu'on pensera toujours en capucin, en jacobin, ou en jésuite. Il est plaisant de promettre pour toute sa vie ce que nul homme n'est sûr de tenir du soir au matin.... Comment les gouvernements ontils été assez ennemis d'eux-mêmes, assez absurdes, pour autoriser les citoyens à faire l'aliénation de leur liberté dans un âge où il n'est pas permis de disposer de la moindre partie de sa fortune ?.... N'est-on pas attendri quand on découvre... les horreurs, les tourments auxquels se sont soumis de malheureux enfants qui détestent leur état de forçat quand ils sont hommes, et qui se débattent avec un désespoir inutile contre les chaînes dont leur folie les a chargés * } » Voltaire aurait voulu que « l'état interdit aux moines de recevoir des novices avant l'âge de trente ans ^, » et « qu'il diminuât le nombre des victimes volontaires du monachisme en fixant le nombre des novices^. » Il estime même qu'un prince qui abolirait tous les ordres attirerait sur lui les bénédictions de son peuple '^.

Ce que Voltaire déplore en second lieu dans les couvents, c'est la règle de fer qui y règne, réprimant et broyant, s'il

' 41, 310. A de Villevieille. 27 avril 1767 ; 41, 364. A Tabarean. 27 juillet 1767. — 2 27, 199. Fragment des iitshuctions pour U prince royal de ***. § 2. 1767; 27, 341. Conseils raisonnables. § 24. 1769, — •* 44, 202. A Oiristin. 20 mai 1773. — * 19, 429. 430. D. phil. Vceitx. 1765. — ^40, 398. A Servan. Avril 1766; 24, 304. La voix du sage et du peuple. 1750. — '^"•20, 243. L'honitne aux quarante écus. Chapitre VIII. 1768. — ■ 24, 303. La voix du sage et du peuple. 1750.

le faut, toute indépendance, toute individualité. Les papes et les conciles ne sont pas seuls à se croire infaillibles, ceux qui ont accepté leurs dogmes et leurs décrets prétendent avoir part à l'infaillibilité de l'église, puisque dans leurs actions comme dans leur doctrine ils se soumettent à une autorité qui ne peut pas se tromper. C'est ainsi que dans le monastère « dominent la persuasion ennemie de l'examen, et le fanatisme enfant furieux de cette persuasion; c'est là que rampe l'aveugle obéissance, brûlant du désir de commander aux autres ; c'est là que se forgent les fers qui ont enchaîné de proche en proche tant de nations ^ »

En pensant aux hommes de mérite qui avaient dû souffrir de l'oppression du cloître et dont les talents auraient pu rendre de grands services à la société-, Voltaire éprouvait un sentiment de compassion et de tristesse. C'est peut-être plus la pitié que la haine qui lui faisait désirer l'abolition des couvents et cela pour le plus grand bien des pays qui conservaient cette institution ^. Ici encore. Voltaire est fort inconstant dans sa manière de voir et dans l'expression qu'il lui donne, les paroles haineuses que nous avons citées plus haut ont dû malheureusement tomber quelquefois comme une mauvaise semence dans une terre trop bien préparée et y porter des fruits de colère et de violence. Ainsi Voltaire, en se laissant aller au gré de ses emportements, desservait parfois la cause qu'il prétendait servir.

§ 4. L'intolérance catholique au seizième siècle.

Voltaire attachait au triomphe de la tolérance religieuse une si grande importance qu'il jugeait volontiers une gé-

^ 28, 227. Homélie sur la comtnunton. 1769. — - 26, 277. Avis au public sur les Calas et les Sirven. (Des suites de l'esprit de parti et du fanatisme.) 1766. — -^ 20, 243. L'homme aux' quarante écus. Chapitre VIII. 1768.

nération d'après Tattitude qu'elle avait observée à l'égard de ce principe. Il est naturel que le seizième siècle, l'époque par excellence des guerres de religion n'ait pas trouvé grâce à ses yeux.

Dans la Profession de foi des théistes, dans V Essai sur les mœurs et V esprit des nations, dans le Traité sur la tolérance, dans le pamphlet intitulé Des conspirations contre les peuples, dans ses lettres enfin, il revient sans cesse sur les persécutions affreuses qui commencèrent en France sous François I" pour ne finir qu'avec Henri IV. Bien que pour lui les premiers fauteurs des exécutions pour cause de religion aient été les prêtres *, il reproche sévèrement à François I" de n'avoir pas laissé s'établir en France la liberté de conscience ' et d'avoir fait des protestants des « rebelles ^. » Il blâme aussi la conduite équivoque de ce même roi qui s'alliait avec les Luthériens d'Allemagne alors qu'il faisait brûler ceux qui vivaient en France *. Il revient fréquemment pour en dire l'horreur et l'injustice sur le massacre de Mérindol et de Cabrières ^ et sur l'affreux supplice infligé à six bourgeois de Paris qui, pendant deux heures, à l'Estrapade, avaient tour à tour été élevés et descendus sur un large bûcher enflammé ^.

La bravoure de François P", son goût pour les arts ne rachètent point aux yeux de Voltaire son intolérance, aussi dans une de ses lettres il porte sur lui ce jugement : « Je

^ 19, 134. D. ^/»7. Persécution. 1769. — - 11, 180, 183. Essai. Chapitre CXXXVIII. 1756.— » 11,311. Essai. Chapitre CLXX. 1756. - * Idnn, p. 130, 131. Chapitre CXXV. — -'26, 320. Des conspirations contre les peuples. i766;'^27,'352. Profession de foi des théistes. (Des persécutions chrétiennes.) 1768; 25, 421. Traité toi. Chapitre III. 1763; 13, 246. 247. Histoire du parlement de Paris. Chapitre XIX. 1769. — "' Ibidem; 25, 421. Traité toi. Chapitre III, 1763;* 27, 351. Profession de foi des théistes. (Des persécutions chrétiennes). 1768.

ne vois guère dans ce prince que des actions ou injustes, ou honteuses, ou folles ^ »

Plus encore que le règne de François P% l'époque de Charles IX marquée par le massacre de la Saint-Barthélémy attire l'attention de Voltaire. Sans cesse dans sa prose comme dans ses vers, il revient sur ce forfait, répondant à ceux qui voudraient en excuser les auteurs : « Oui, le fanatisme religieux arma la moitié de la France contre l'autre: oui, il changea en assassins ces Français aujourd'hui si doux et si polis.... Il faut le redire cent fois; il faut le crier tous les ans, le 24 auguste, ou le 24 août, afin que nos neveux ne soient jamais tentés de renouveler religieusement les crimes de nos détestables pères ^. »

Si nous en croyons l'auteur de la Henriade, chaque année, quand revenait le 24 août, il avait la fièvre en pensant aux malheureux assassinés en 1572 ^.

Les maux dont la France avait été accablée au seizième siècle ne lui faisaient pas oublier ce qu'avaient enduré d'autres peuples à la même époque. Dans le Dictionnaire philosophique il cite tout au long les articles les plus scandaleux de la procédure inquisitoriale et caractérise en quelques mots l'inquisition, en l'appelant « une invention admirable et tout à fait chrétienne... pour rendre tout un royaume hypocrite *. » En Espagne, pays où les inquisiteurs purent déployer toute leur puissance et toutes leurs ressources, Voltaire nous les fait voir ruinant ou condamnant à mort les juifs et les musulmans, puis les Espagnols eux-mêmes pour peu qu'ils aient été accusés d'hérésie ^.

' 42, 283. A Gaillard. A Ferney, 28 avril 1769. — 2 30, 37. Fragment sur l'histoire générale. Article XIV. 1775. — ^ 42, 348. A d'Argental. îo août 1769. — * 18, 353 à 338. Z). phil. Inquisition. 1775. — ^ il, 196. Essai. Chapitre CXL. 1756.

Habitués à toutes les horreurs, quels crimes les moines et les soldats espagnols ne devaient-ils pas commettre en Amérique ! L'auteur de V Essai sur les mœurs et l'esprit des nations rappelle le souvenir de Las Casas, ce courageux évêque qui avait dévoilé devant Charles-Quint les cruautés des conquérants du Nouveau-Monde et avait protesté contre l'extermination de populations entières dont le seul délit était de n'avoir jamais entendu parler de Jésus-Christ ^ Pour toutes ces raisons, au dire de Voltaire, le seizième siècle est « un siècle abominable -, » « le siècle des horreurs de la guerre civile, des sombres fureurs du fanatisme, et de l'abrutissement féroce des esprits ignorants -K » C'est être bien sévère; peut-on appeler ainsi l'époque de la Renaissance et de la Réformation ? Voltaire semble oublier que sans Luther et Calvin, le monde occidental, resté sous la contrainte que l'église faisait peser sur lui au moyen âge, ne serait peut-être jamais né à l'indépendance religieuse, morale et scientifique. Les hommes courageux et énergiques qui en grand nombre au seizième siècle aimèrent mieux mourir que de renoncer à leurs libres convictions n'étaient-ils pas les plus fermes défenseurs de la liberté de pensée ? Toute l'œuvre d'émancipation que le christianisme avait commencée en favorisant le culte personnel du cœur et de la conscience et en affranchissant l'homme des passions mauvaises, toute cette œuvre, la Ré formation la reprit contre les idées païennes déguisées sous les vêtements de l'église romaine. Cette influence morale si salutaire, certains catholiques eux-mêmes ne la dénient point au protestantisme puisque M. F. Brunetière affirmait récemment que nul, plus

^ 26, 1,20. Des conspirations contre les peuples. (Massacres dans le Nouveau-Monde.) 1766, — '^ 16, 274. D. pliil. Arianisinc. 1770. — ^ 30, }6. Fragment sur l'Iiistoire générale. Article XIII. 1775.

que Calvin, n'a contribué à retenir le monde ou à l'arrêter sur la pente qui le ramenait aux philosophies de la nature et au paganisme *.

Si ce triomphe de la morale chrétienne avec le sérieux et l'austérité qu'elle comporte n'avait rien qui pût plaire beaucoup à A'oltaire, il a cependant relevé en ces termes les services rendus par les protestants à l'humanité: « Malgré leurs erreurs, nous leur devons le développement de l'esprit humain, longtemps enseveli dans la plus épaisse barbarie - ; » il s'est plu aussi à reconnaître « que les auteurs de la Réforme rendirent un grand service aux souverains, en leur enseignant qu'aucun de leurs droits ne pouvait dépendre d'un évêque '^. »

Voltaire est en une certaine mesure excusable d'avoir été si sévère pour le seizième siècle, il ne pouvait pas le juger comme nous le faisons aujourd'hui. Le principe du libre examen qui permettait à chaque protestant d'établir lui-même ce qu'il croyait, en lisant la Bible à la lumière du Saint-Esprit, ce principe dont on est encore loin d'avoir tiré toutes les conséquences, n'avait point été accepté par les réformateurs avec toutes les vérités qui en découlent. Calvin, comme nous l'avons dit plus haut, avait repris d'une main ce qu'il avait donné de l'autre; c'est ainsi qu'encore au dix-septième siècle l'autorité des confessions de foi protestantes avait remplacé celle du pape et des conciles à tel point que ceux qui ne voulaient pas se soumettre aux décisions des synodes étaient excommuniés par l'église *. Si Voltaire pouvait voir aujourd'hui dans les Etats-Unis, par

' Brunetière. L'œuvre littéraire de Calvin. Revue des deux mondes.

15 octobre 1900. p. 922. — ^ 25, 420. Traité toi. Chapitre III. 1763. —

•^ 25, 342. Eclaircissements historiques. XXIII' sottise. 1763. — "* Mercier. L'esprit protestant, p. 108.

exemple, régner partout la liberté religieuse, acquise là comme ailleurs au prix du sang des martyrs du seizième siècle, il serait moins sévère pour cette époque si héroïque, il comprendrait mieux que notre pauvre humanité ne progresse le plus souvent que dans la douleur et les larmes.

§ 5. L'édit de Nantes.

Le poète de la Henriade a pour Henri IV une admiration sans limite; selon Voltaire, ce roi est non seulement « le plus brave prince de son temps, le plus clément, le plus droit, le plus honnête homme » mais encore a celui qui sait faire la guerre et la paix, connaître toutes les blessures de son Etat, et y apporter les remèdes; veiller sur les grandes et les petites choses, tout réformer et tout faire ^ »

Quoique dans la Henriade Voltaire représente Henri I\' comme un catholique convaincu, en réalité il sait à quoi s'en tenir sur la conversion de celui qui, en parlant du catholicisme, écrivait à Corisande d'Andouin: <( Vous êtes de cette religion ! j'aimerais mieux me faire turc -. »

Tenant compte des intérêts en jeu et du fanatisme de l'époque, Voltaire approuve pleinement Henri W d'avoir fait le saut périlleux ^ ; il voit dans son abjuration un acte nécessaire qui coûtait à son cœur et qu'il avait accompli par politique et par humanité*.

Plus l'admiration de Voltaire est grande pour le héros de la Henriade, plus aussi son indignation éclate contre ceux qui avaient comploté contre lui et spécialement contre Ravaillac •'^. En lisant la //c'/zr/^i/^ et V Essai sur les mœurs, on

1 II, 352. Essai. Chapitre CLXXIV. 1756. — -25, 345. Eclaircissrntcnts historiques. XXX' sottise. 1763. — ^ 11,348. Essai. Chapitre CLXXIV. 1756. — ^ 13,285. Histoire du Parlement de Paris. Chapitre XXXIV. 1769. ^ II, 356-362. Essai. Chapitre CLXXIV. 1756.

— J5I — est étonné de voir que nulle part \'oltaire n'y fait mention de l'édit de Nantes; en revanche, il lui consacre quelques pages au chapitre XL de V Histoire du Parlement de Paris et au chapitre XXVI du Siècle de Louis XIV. Il loue le roi Henri I\' qui, en proclamant et en maintenant avec énergie cet acte pacificateur, avait fait enfin régner en France la tolérance religieuse.

Si Voltaire appelle la révocation de 1685 " ^" des grands malheurs de la France *, » « une plaie qui saigne encore^, » « une funeste injustice ^, » c'est moins, semble-t-il, par pitié pour les protestants que parce qu'il a vu dans cette mesure une diminution, un appauvrissement de son pays au profit des autres puissances de l'Europe. Dans plusieurs de ses écrits, il note le nombre des réformés qui se rendirent à l'étranger mettant au service de princes hostiles à Louis XIV leur esprit de commerce et d'industrie, leur fortune et leur épée ■*; il s'appuie sur V Histoire du Brandehourc^, par Frédéric II, pour montrer comment les réfugiés ont fait de Berlin, (( un endroit sauvage, une ville opulente et superbe ^. »

Bien que dans le Siècle de Louis XIV Voltaire parle de la révocation « comme d'une fatale injure faite aux cendres d'Henri IV ^, » en admirateur fervent du grand roi, il ne veut pas, comme il le dit lui-même, « dégrader » par le souvenir de cet événement « un monument qu'il élève à la gloire de ce siècle mémorable ". » Aussi il rejette toute

^ 12, 449. Siècle. Chapitre XXXVI. 1751- — - 41, 402. A de Schowalow. Ferney, 30 septembre 1767. — ' 28, 357. De la paix perpétuelle. § III. 1769. — '^ 12, 449. 450. Siècle. Chapitre XXXVI. 1751; 25, 485. Traité toi. Chapitre XXIV. 1763; 30, 40. 41. Fragment sur l'histoire générale. Article XV. Ï773; 29, 338. Discours de M. Belleguier. 1773. — ^ 24, 147. Anecdotes sur Louis XIV. 1748; 30,41. Fragment sur l'histoire générale. Article XV. 1773- — ^ 12, 392. Siècle. Chapitre XXIX. 1751. — " 30, 59. Fragment sur l'histoire générale. Article XV. 1773.,

la responsabilité des mesures prises contre les protestants non pas sur Louis XIV, mais sur les jésuites, la cour de Rome, le père de La Chaise, Le Tellier, Louvois et d'autres personnages qui ont tout fait pour tromper le roi^. Il est vrai que, vers la fin de sa vie, il se montre plus sévère à l'égard du monarque et fait dire à M. Belleguier dans le discours qu'il lui prête : « Ah ! Louis XIY, Louis XIV, que n'étais-tu philosophe ! Ton siècle a été grand ; mais tous les siècles te reprocheront tant de citoyens expatriés, et Arnauld sans sépulture -. » Voilà, nous semble-t-il, une note plus juste: Emprisonner des femmes innocentes, arracher de force des enfants à leurs parents pour les mettre au couvent, envoyer aux galères ou à la mort des hommes dont le seul crime était d'avoir prié Dieu selon leurs convictions, n'est-ce pas une tache ineffaçable pour la mémoire d'un roi qui passe pour le plus civilisé de son époque. Le mélange de distinction raffinée et de barbarie cruelle qui régnait au dix-septième siècle a quelque chose de singulièrement déconcertant.

Au sujet de la révocation de l'édit de Nantes, on ne peut pas, comme le fait parfois Voltaire '^, absoudre complètement Louis XIV sous prétexte qu'il était ignorant et trompé; dès 1688, en effet, il avait entendu en faveur des réformés le plaidoyer de Du Bosc. Ce fidèle pasteur de Caen lui avait prédit, au cas où la persécution continuerait, la fuite des protestants, « ce qui dépeuplerait son royaume de plus d'un million de personnes, dont la retraite ferait un insigne préjudice au négoce, aux manufactures, au labourage, aux

* 13, 445. Siècle. Chapitre XXXV], 1751; 20, 188. L'itigcnu. Chapitre VIII. 1767. — 2 29, 3î8. Discours de M. BclUgnier. ijjy. — ' 25, 484. Traité toi. Chapitre XXIV. 1763. — 29. 160. Dt'/ense de Louis XIV.

arts et aux métiers et même en toutes façons au bien de l'état *. »

L'auteur du Siècle de Louis XIV avait vu la réalisation de cette triste prophétie. Si le grand roi n'avait pas été responsable de la révocation de l'édit de Nantes, Voltaire eût probablement jugé plus sévèrement encore qu'il ne l'a fait cet événement dont la France supporte encore aujourd'hui les malheureuses conséquences.

§ 6. Les jésuites et les jansénistes.

La religion catholique dans certaines de ses doctrines est foncièrement intolérante, l'article XXIV du Syllahus de 1864 prononce par exemple anathème contre ceux qui prétendent que « l'église n'a pas le droit d'employer la force. »

Au sein du catholicisme romain, ce prétendu droit à la persécution ne fut jamais mieux défendu et plus mis en pratique que par les jésuites. Il est naturel qu'ils aient ainsi encouru les colères de tous les esprits indépendants et que Voltaire ne les ait point épargnés, lui qui les appelait à bon droit « les plus intolérants des hommes ^. » La devise bien connue des disciples de Loyola était: Omnia ad majorem Dei gîoriam ^. Pour eux la gloire de Dieu, c'était le triomphe de l'église et de son chef, le pape, puisque en dehors de l'église romaine l'homme n'avait aucune grâce à recevoir de Dieu.

Avec une logique féroce, les jésuites en vinrent bientôt à tirer les conclusions les plus cruelles de leur principe: « La fin justifie les moyens *, » et à déclarer qu'il fallait anéantir sans scrupules tout ce qui pouvait s'opposer à la réalisation de leurs desseins. On les vit, dès le milieu du sei-

^ Puaux. Les précurseurs français de la tolérance au XVII' siècle^ p. 28 et 29. — - 27, 301. Sermon de Jonas Rosette. 1768. — '' Huber. Les Jésuites, p. 154. — ^ Idem, p. 146.

zième siècle,, déclarer dans leurs écrits qu'il était loisible d'assassiner un roi trop peu zélé pour la défense de l'église K Cette théorie fut bientôt mise en pratique à l'égard d'Henri IV, même après son abjuration. Retraçant les diverses tentatives d'assassinat commises contre ce malheureux prince, Voltaire montre continuellement à l'œuvre les jésuites. C'est l'un d'eux, Varade, qui avait encouragé Barrière en 1593 à assassiner le roi ^ et Jean Châtel, en commettant son crime contre le Béarnais, avait simplement mis en pratique les leçons qu'il avait souvent entendues chez ses maîtres les jésuites ^. Une enquête dirigée contre eux avait révélé leur haine contre tous les princes hérétiques. Au dire du professeur Guignard: « Le Béarnais était un renard, Elisabeth une louve, le roi de Suède un griffon, et l'électeur de Saxe un porc*. » Ce digne éducateur de la jeunesse s'exprimait encore ainsi : « Jacques Clément a fait un acte héroïque, inspiré par le Saint-Esprit: si on peut guerroyer le Béarnais, qu'on le guerroie ; si on ne peut le guerroyer, qu'on l'assassine ^. »

A la fin du seizième siècle, la doctrine du droit au régicide ayant été préchée par toute une pléiade de pères jésuites, rien n'était plus équitable que leur bannissement^ et Voltaire avait pleinement raison d'approuver cette mesure qui, bien loin d'être intolérante, était dictée par la plus élémentaire prudence.

Sans égards pour la générosité d'Henri IV qui les avait autorisés à rentrer en France '^, les jésuites employèrent toute leur influence à ruiner l'œuvre d'apaisement accomplie

' II, 558. Essai. Chapitre CLXXIV^. 1756. — - 11,356. I<ùni. Chapitre CLXXIV. 1756. — ' [dent. Page 357. — ^ Ibidem. - "• Idem. 557 et 558; 13, 290. 291. Histoire du Parlement de Paris. 1769. — "' il, Î58. Essai. Chapitre CLXXIV. 1756. — ' 15, 301. ^02. Histoire du Parlement de Paris. Chapitre XLII. 1769.

par le héros de la Henriade. Voltaire ne se trompe point quand il voit en eux les principaux auteurs de la révocation de Tédit de Nantes, et l'irritation croissante qu'il a contre •eux se légitime par les troubles religieux et politiques dont ils avaient encore été la cause en faisant proclamer contre les jansénistes la bulle Unigenitus qui condamnait cent et une thèses tirées d'un ouvrage du père Quesnel intitulé: Réflexions morales K

Voltaire dans son Traité sur la tolérance relève, à côté de bien d'autres erreurs de cette trop fameuse bulle, tout ce qu'il y avait d'odieux à condamner cette proposition de Quesnel : « La crainte d'une excommunication injuste ne doit point empêcher de faire son devoir *. )) « C'était, ditil, proscrire la raison... et le fondement de la morale ; c'était dire aux hommes: « Dieu vous ordonne de ne jamais faire votre devoir, dès que vous craindrez l'injustice ^. »

Dans l'article du Dictionnaire philosophique intitulé : Conscience *, ainsi que dans le dix-septième chapitre du Traité sur la tolérance. Voltaire se plaît à tirer les dernières conséquences qui découlent des préceptes jésuitiques sur l'extermination des hérétiques et à les réduire à l'absurde en mettant au grand jour leur inhumaine cruauté. Deux bons pères qui exposent les principes de l'ordre ne se font aucun scrupule de déclarer qu'il faudrait faire pendre ou emprisonner tous ceux qui ne pensent pas comme eux depuis les jansénistes et les catholiques grecs jusqu'aux musulmans, sans oublier aucune des sectes protestantes. La mort de six millions de personnes en une année ne serait pas pour les arrêter dans leur projet, au dire de Voltaire '\

^ Lanfrej'. L'église et les philosophes, p. 57. — - 25, 428. Traité toi Chapitre IV. 1763. — ' Ibidem. — '* 17, 165. 166. D. phil. Conscience. Section IV. 1767. — 5 25, 471. Traité toi. Chapitre XVII. 176V

Lorsque, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, les jésuites eurent été chassés du Portugal, de la France, de l'Espagne, des Deux-Siciles et de Parme, Voltaire se réjouit vivement de les voir expulsés d'une bonne partie de l'Europe ^; si le plaisir qu'il éprouvait en apprenant que trois d'entre eux avaient été brûlés - étonne de la part d'un homme qui se pique de sentiments humanitaires, d'autre part il est tout naturel que le défenseur de la tolérance au dix-huitième siècle ait été satisfait de voir disparaître une secte qui incarnait le fanatisme persécuteur et violent. Il n'y avait là qu'une application du principe que Voltaire établissait en ces termes : « il faut que les hommes commencent par n'être pas fanatiques pour mériter la tolérance ^. »

D'ailleurs, si nous en croyons une courte brochure de 1763, intitulée Balance égale, Voltaire ne demande aucune loi d'exception contre les jésuites, il ne veut « la dissolution de leur compagnie que pour faire d'eux des citoyens *, » et il invoque dans ce but « la sagesse du gouvernement, » qui, traitant également les jansénistes et les jésuites, « empêchera que l'on ne soit piqué par les uns, ni déchiré par les autres ^. »

En effet les disciples de Jansénius ne trouvent pas plus grâce devant Voltaire que ceux de Loyola : Si les jésuites sont intolérants avec ruse et souplesse, s'ils s'ouvrent toutes les portes en minant sous terre, s'ils flattent les passions des hommes pour les gouverner par ces passions et méritent pour tout cela le nom de renards *', les jansénistes eux sont fanatiques avec dureté, ils renversent les portes à force

' 40, 198. A du Veruet. 1765; 13, 179. Précis du siècle de Louis XV. Chapitre XXXVIII. 1768; 41,310. A de Villevieille. 27 avril 1767. — ^ 38» 353- ^ Vernes. Ferney, 1" octobre 1761. — '' 25, 473. Traité toi. Chapitre XVIII. 1763. — •* Ibidem. — ■' 25,253. Balance égale. 1762. — ^ 39, 267. A Daniilai'ille. 19 juin 1763.

ouverte, ils s'élèvent contre les goûts les plus innocents, ) pour imposer le joug affreux du fonatisme K Tout cela leur '\ vaut d'être traités de loups -. l^

Contemporain des miracles du cimetière de Saint-Médard^, du crucifiement de sœur Françoise * et de la folie du malheureux Damiens ^, lequel avait cru faire œuvre pie en donnant au roi un coup de canif pour venger les malheureux qui, grâce à la bulle Unigeniliis, mouraient sans sacrements, Voltaire considérait les jansénistes comme les pires adversaires « du sens commun et de la raison ^, » il voyait en eux (( des ennemis acharnés de la liberté de pensée ", » enfin, grief moins avouable, mais qu'il ne cachait pas, il les considérait comme des détracteurs impitoyables « de la morale relâchée ^ » et, « des plaisirs ^. »

Tout à la joie d'avoir été délivré des renards. Voltaire n'a qu'une crainte c'est que lui et ses amis ne tombent sous la dent des loups '^. Cette considération lui fait même désirer que quelques jésuites restent en France car, « tant qu'il y en aura, les jansénistes et eux s'égorgeront : et les moutons respirent un peu quand les loups et les renards se déchirent ^^ »

Etranges moutons que Voltaire et ses amis ! Jamais avant eux on n'en avait vu de pareils, capables de mettre en fuite et d*abîmer les animaux carnassiers qui leur faisaient la guerre.

* 25, 233. Balance égale, i-jôz. — - 41, 371. ^ Marmontel. 7 auguste 1767. 3 12, 473. Siècle. Chapitre XXXVII. 1751. — ^ Lanfrej-. L'église et les philosophes, p. 132. — 5 13^ 365. Histoire du parlement de Paris. Chapitre LXVII. 1769. — '^ 46, 25. A de Chastelhtx. 4 décembre 1776. — " 39, 429. A Damilaville. Aux Délices, 16 avril 1764. — '^ 39, 212. A d'Argence de Dirac. A Ferney, 2 mars 1765. — ^ 42, 18. ^ </* Chabanon. 18 décembre 1767. — ^^ 41, 371. A Marmontel. 7 auguste 1767. — " 40, 35. A Dalembert. 16 juillet 1764.

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