AGIOTAGE
remboursé. Un engagement aussi imprudent, nous dit-on, devint bientôt ia source d’un agiotage effréné aux dépens de la Saxe*. 11 nous semble qu’en cela le roi Auguste ne lit que subir la loi inflexible du vainqueur. Les Prussiens achetaient à vil prix de ces billets en Hollande, et s'en faisaient rembourser ensuite la valeur intégrale. Le scandale et l’excès furent tels, que Frédéric, au bout de trois ans, cédant aux représentations trop justifiées de la cour de Dresde1 2, se vit forcé de défendre l’admission absolue de ces bons en Prusse. L’ordonnance est du 8 mai 1748. Sans ces réclamations, il est à croire que Frédéric, d’ailleurs peu scrupuleux, eût fermé les yeux jusqu’à la Un sur cet agiotage tout au profit de ses sujets. Il est à penser également que, malgré les défenses, ces sortes d’affaires se continuaient, à la condition tacite, pour ceux qui les hasardaient, de s’y prendre avec assez d’adresse et de mystère pour ne fournir à la Saxe aucun prétexte de récrimination ef de plaintes. C’est au moins ce que Voltaire semble s’être imaginé, et ce qui explique, sans les absoudre, des tentatives de spéculations occultes, qui non- seulement ne devaient pas aboutir mais allaient encore porter une sérieuse atteinte à son
1 . Alphonse Jobez, la France sous Louis XV (Paris, Didier), t. IV, p. 388.
2. Toutes res actions montaient à environ 1,500,000 livres. En exécution du traité, le roi de Pologne lit payer tout ce qui lui fut présenté, et ce ne fut qu’après en avoir remboursé pour plus de 4 millions qu'il se plaignit ru roi de Prusse. Ces chitTres furent donnés au duc de Luynes, qui les consigne dans 3011 journal, par le chevalier de Chasot, très au courant sur tout ce qui se passait alors i Berlin et particulièrement sur cette affaire. Lnyncs , Mémoires, t. XI, p. 382; janvier 1752.