‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 108 sur 431 · MOUVEMENT QUE SE DONNE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT QUE SE DONNE VOLTAIRE

pour me voler environ onze mille écus; si quelques conseillers ou avocats, ou M. de Kircheisen, ne peuvent être chargés de prévenir le procès et d’ôtre arbitres; s’il faut que je plaide contre un juif que j’ai convaincu d’avoir agi contre sa signature, c’est un malheur qu’il faut soutenir comme bien d’autres; la vie en est semée. Je n’ai pas vécu jusqu’à présent sans savoir souffrir; mais le bonheur de vous admirer et de vous aimer est une consolation bien chère'. »

Mais qu’était-ce que cette consolation aussitôt que la présence réelle était interdite, et que le roi avait déclaré énergiquement que jusqu’au jugement il ne voulait avoir aucun rapport avec la partie d’Abraham Hirsch? Encore une fois, force était de sortir de là, le moins mal possible; et, quelle que fût la bonté de la cause, sans doute n’était-il pas inutile de recourir à ses amis. Formey était dans les meilleurs rapports avec le président de Jariges, un des juges; l’auteur de la Henriade va trouver le ministre du saint Evangile et lui demande de solliciter pour lui auprès du magistrat.

Je reçus la première visite do V. le 8 janvier 1731, l’aprèsmidi *. J’avois chez moi une nombreuse société d’amis. V. traversa l'appartement sans regarder personne; et, me prenant par la main, me fit entrer dans un cabinet voisin. Il s'agissoit de son procès avec un juif ; il m’en parla au long et avec la plus grande véhémence; après quoi, sachant quej'avois des liaisons

1. Voltaire, OEuvres complue» (Beuchot), t. LV, p. 636. Lettre de Voltaire à Frédéric, 1761.

2. La maison de Formey était située à la Behreustrasse. Description des villes de Berlin et Potsdnm, trad. de l'allemand (Berlin. Nlcolal, 1769), p. 267.

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